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=>Saison 9 - Page 3

  • Descartes : Lettre au Père Mersenne

    "Au reste, depuis mes dernières, j’ai pris le temps de lire le livre que vous m’avez fait la faveur de m’envoyer *, et pour ce que vous m’en avez demandé mon sentiment et qu’il traite d’un sujet auquel j’ai travaillé toute ma vie, je pense vous en devoir ici écrire. J’y trouve plusieurs choses fort bonnes, sed non publici saporis ; car il y a peu de personnes qui soient capables d’entendre la Métaphysique. Et pour le général du livre, il tient un chemin fort différent de celui que j’ai suivi. Il examine ce que c’est que la Vérité ; et pour moi, je n’en ai jamais douté, me semblant que c’est une notion si transcendantalement claire, qu’il est impossible de l’ignorer : en effet, on a bien des moyens pour examiner une balance avant que de s’en servir, mais on n’en aurait point pour apprendre ce que
    c’est que la vérité, si on ne la connaissait de nature. Car quelle raison aurions-nous de consentir à ce qui nous l’apprendrait, si nous ne savions qu’il fût vrai, c’est-à-dire si nous ne connaissions la vérité ? Ainsi on peut bien expliquer quid nominis à ceux qui n’entendent pas la langue, et leur dire que ce mot vérité, en sa propre signification, dénote la conformité de la pensée avec l’objet, mais que, lorsqu’on l’attribue aux choses qui sont hors de la pensée, il signifie seulement que ces choses peuvent servir d’objets à des pensées véritables, soit aux nôtres, soit à celles de Dieu ; mais on ne peut donner aucune définition de Logique qui aide à connaître sa nature. Et je crois le même de plusieurs autres choses, qui sont fort simples et se connaissent naturellement, comme sont la figure, la grandeur, le mouvement, le lieu, le temps etc., en sorte que, lorsqu’on veut définir ces choses, on les obscurcit et on s’embarrasse. Car, par exemple, celui qui se promène dans une salle, fait bien mieux entendre ce que c’est que le mouvement, que ne fait celui qui dit : est actus entis in potentia prout in potentia, et ainsi des autres.

    L’auteur prend pour règle de ses vérités le consentement universel ; pour moi, je n’ai pour règle des miennes que la lumière naturelle, ce qui convient bien en quelque chose : car tous les hommes ayant une même lumière naturelle, ils semblent devoir tous avoir les mêmes notions ; mais il est très différent, en ce qu’il n’y a presque personne qui se serve bien de cette lumière, d’où vient que plusieurs (par exemple tous ceux que nous connaissons) peuvent consentir à une même erreur, et il y a quantité de choses qui peuvent être connues par la lumière naturelle, auxquelles jamais personne n’a encore fait de réflexion. Il veut qu’il y ait en nous autant de facultés qu’il y a de diversités à connaître, ce que je ne puis entendre autrement que comme si, à cause que la cire peut recevoir une infinité de figures, on disait qu’elle a en soi une infinité de facultés pour les recevoir. Ce qui est vrai en ce sens-là ; mais je ne vois point qu’on puisse tirer aucune utilité de cette façon de parler, et il me semble plutôt qu’elle peut nuire en donnant sujet aux ignorants d’imaginer autant de diverses petites entités en notre âme. C’est pourquoi j’aime mieux concevoir que la cire, par la seule flexibilité, reçoit toutes sortes de figures, et que l’âme acquiert toutes ses connaissances par la réflexion qu’elle fait, ou sur soi-même pour les choses intellectuelles, ou sur les diverses dispositions du cerveau auquel elle est jointe, pour les corporelles, soit que ces dispositions dépendent des sens ou d’autres causes. Mais il est très utile de ne rien recevoir en sa créance, sans considérer à quel titre ou pour quelle cause on l’y reçoit, ce qui revient à ce qu’il dit, qu’on doit toujours considérer de quelle faculté on se sert etc. Il n’y a point de doute qu’il faut aussi, comme il dit, prendre garde que rien ne manque de la part de l’objet, ni du milieu, ni de l’organe etc., afin de n’être pas trompé par les sens. Il veut qu’on suive surtout l’instinct naturel, duquel il tire toutes ses notions communes ; pour moi, je distingue deux sortes d’instincts : l’un est en nous en tant qu’hommes et est purement intellectuel ; c’est la lumière naturelle ou intuitus mentis, auquel seul je tiens qu’on se doit fier ; l’autre est en nous en tant qu’animaux, et est une certaine impulsion de la nature à la conservation de notre corps, à la jouissance des voluptés corporelles etc., lequel ne doit pas toujours être suivi. Ses Zététiques sont fort bons pour aider à faire les dénombrements dont je parle en la page 20 ; car, lorsqu’on aura dûment examiné tout ce qu’ils contiennent, on pourra s’assurer de n’avoir rien omis. Pour ce qui est de la religion, j’en laisse l’examen à Messieurs de la Sorbonne, et je puis seulement dire que j’y ai trouvé beaucoup moins de difficulté en le lisant en français, que je n’avais fait ci-devant en le parcourant en latin ; et qu’il y a plusieurs maximes qui me semblent si pieuses et si conformes au sens commun, que je souhaite qu’elles puissent être approuvées par la théologie orthodoxe. Enfin, pour conclusion, encore que je ne puisse m’accorder en tout aux sentiments de cet auteur, je ne laisse pas de l’estimer beaucoup au-dessus des esprits ordinaires."

    René DescartesLettre de Descartes au Père Mersenne (16 octobre 1639)

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  • Descartes : Pour examiner la vérité

    "Que pour examiner la vérité il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute, autant qu'il se peut. Comme nous avons été enfants avant que d'être hommes, et que nous avons jugé tantôt bien et tantôt mal des choses qui se sont présentées à nos sens, lorsque nous n'avions pas encore l'usage entier de notre raison, plusieurs jugements ainsi précipités nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et nous préviennent de telle sorte qu'il n'y a point d'apparence que nous puissions nous en délivrer, si nous n'entreprenons de douter, une fois en notre vie, de toutes les choses où nous trouverons le moindre soupçon d'incertitude. 2. Qu'il est utile aussi de considérer comme fausses toutes les choses dont on peut douter. Il sera même fort utile que nous rejetions comme fausses toutes celles où nous pouvons imaginer le moindre doute, afin que, si nous en découvrons quelques-unes qui, nonobstant cette précaution, nous semblent manifestement vraies, nous fassions état qu'elles sont aussi très certaines, et les plus aisées qu'il est possible de connaître. 3. Que nous ne devons point user de ce doute pour la conduite de nos actions. Cependant il est à remarquer que je n'entends point que nous nous servions d'une façon de douter si générale, sinon lorsque nous commençons à nous appliquer à la contemplation de la vérité. Car il est certain qu'en ce qui regarde la conduite de notre vie, nous sommes obligés de suivre bien souvent des opinions qui ne sont que vraisemblables, à cause que les occasions d'agir en nos affaires se passeraient presque toujours, avant que nous pussions nous délivrer de tous nos doutes. Et lorsqu'il s'en rencontre plusieurs de telles sur un même sujet, encore que nous n'apercevions peut-être pas davantage de vraisemblance aux unes qu'aux autres, si l'action ne souffre aucun délai, la raison veut que nous en choisissions une, et qu'après l'avoir choisie, nous la suivions constamment, de même que si nous l'avions jugée très certaine."

    René Descartes, Principes de Philosophie (1644)

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  • "Usual Suspects"

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  • Montaigne : Le vertige de la vérité

    "Qu’on loge un philosophe dans une cage de menus filets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des tours Notre Dame de Paris, il verra par raison évidente qu’il est impossible qu’il en tombe, et si ne se saurait garder (s’il n’a accoutumé le métier des recouvreurs) que la vue de cette hauteur extrême ne l’épouvante et ne le transisse. Car nous avons assez affaire de nous assurer aux galeries qui sont en nos clochers, si elles sont façonnées à jour, encore qu’elles soient de pierre. Il y en a qui n’en peuvent pas seulement supporter la pensée. Qu’on jette une poutre entre ces deux tours, d’une grosseur telle qu’il nous la faut â nous promener dessus, il n’y a sagesse philosophique de si grande fermeté qui puisse nous donner courage d’y marcher comme nous ferions si elle était à terre. J’ai souvent essayé cela en nos montagnes de deçà (et si suis de ceux qui ne s’effraient que médiocrement de telles choses) que je ne pouvais souffrir la vue de cette profondeur infinie sans horreur et tremblement de jarrets et de cuisses, encore qu’il s’en fallût bien ma longueur que je ne fusse du tout au bord, et n’eusse su choir si je ne me fusse porté à escient au danger."

    Montaigne, Essais, II, XII (à p. 1572)

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  • Pascal : "Le cœur a ses raisons, que la raison ne connait point"

    "C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison : voila ce que c'est que la foi. Dieu sensible au cœur, non a la raison.

    Le cœur a ses raisons, que la raison ne connait point: on le sait en mille choses.

    Je dis que le cœur aime l'être universel naturellement, et soi-même naturellement, selon qu'il s'y adonne. Et il se durcit contre l'un ou l'autre, à son choix. Vous avez rejeté l'un et conserve l'autre: est-ce par raison que vous vous aimez ?

    La seule science qui est contre le sens commun et la nature des hommes, est la seule qui ait toujours subsiste parmi les hommes."

    Blaise Pascal, Pensées, 680 (+1662)

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  • Pascal : "Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur"

    AVT_Blaise-Pascal_5742.jpeg"Nous connaissons la vérité, non seulement par la raison, mais encore par le cœur ; c’est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c’est en vain que le raisonnement qui n’y a point de part essaye de les combattre. Les pyrrhoniens qui n’ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne rêvons point ; quelque impuissance où nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non point l’incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le prétendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu’il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu’aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c’est sur ces connaissances du cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie, et qu’elle y fonde tout son discours. Le cœur sent qu’il y a trois dimensions dans l’espace et que les nombres sont infinis ; et la raison démontre ensuite qu’il n’y a point deux nombres carrés dont l’un soit le double de l’autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par différentes voies. Et il est aussi ridicule et inutile que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu’il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu’elle démontre, pour vouloir les recevoir."

    Blaise Pascal, Pensées, 142 (+1662)

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  • "Mourir pour des idées"

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  • Zola : "J'accuse!"

    "Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.

    * * *

    Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.

    J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

    J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

    J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique, et pour sauver l’état-major compromis.

    J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

    J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

    J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

    J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Eclair et dans L’Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

    J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

    En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

    Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

    Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !

    J’attends."

    Emile Zola, Lettre à Félix Faure (13 janvier 1898)

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  • Florian : "La fable et la vérité"

    "La vérité, toute nue,
    Sortit un jour de son puits.
    Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
    Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
    La pauvre vérité restait là morfondue,
    Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
    A ses yeux vient se présenter
    La fable, richement vêtue,
    Portant plumes et diamants,
    La plupart faux, mais très brillants.
    Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
    Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
    La vérité répond : vous le voyez, je gêle ;
    Aux passants je demande en vain
    De me donner une retraite,
    Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
    Vieille femme n'obtient plus rien.
    Vous êtes pourtant ma cadette,
    Dit la fable, et, sans vanité,
    Partout je suis fort bien reçue :
    Mais aussi, dame vérité,
    Pourquoi vous montrer toute nue ?
    Cela n'est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
    Qu'un même intérêt nous rassemble :
    Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
    Chez le sage, à cause de vous,
    Je ne serai point rebutée ;
    A cause de moi, chez les fous
    Vous ne serez point maltraitée :
    Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
    Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
    Vous verrez, ma soeur, que partout
    Nous passerons de compagnie."

    Jean-Pierre Claris de Florian, Fables (1792)

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  • Notez les prochaines dates du café philo

    L'année 2017 va se terminer. Pour 2018, plusieurs dates sont déjà programmées : 

     - Vendredi 19 janvier 2018, 19 heures, au café Le Belman : "La vérité finira-t-elle par triompher?" 

    - Vendredi 23 mars 2018, 19 heures : sujet et lieu non défini

    - Vendredi 13 avril 2018, 18 heures : café philo exceptionnel à la médiathèque de Montargis. Le sujet sera choisi par les utilisateurs de la médiathèque

    D'autres cafés philos décentralisés dans l'agglomération sont en discussion. 

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  • Galilée : Limites et beautés de l'intellect humain

    SALVIATI : Il convient de recourir à une distinction philosophique et de distinguer deux modes d'entendement suivant qu'il est pris intensive ou extensive. Extensive, c'est-à-dire eu égard à la multitude des intelligibles, qui est infinie, l'entendement humain est comme nul, fût-il capable d'entendre mille propositions, puisque mille, par rapport à l'infini, est autant que zéro ; mais si le terme est pris intensive, signifiant alors la compréhension intensive, c'est-à-dire parfaite, d'une proposition donnée, je dis que l'entendement humain en comprend quelques-unes aussi parfaitement et en a une certitude aussi absolue que la nature elle-même ; telles sont, par exemple, les propositions des sciences mathématiques pures, à savoir la géométrie et l'arithmétique ; l'intellect divin en connait un nombre infiniment plus grand puisqu'il les connaît toutes, mais si l'intellect humain en connait peu, je crois que la connaissance qu'il en a s'égale en certitude objective à la connaissance divine parce qu'il arrive à en comprendre la nécessité et que c'est là le plus haut degré de la certitude.

    SIMPLICIO : C'est là, me semble-t-il, un langage bien assuré et bien audacieux.

    SALVIATI : C'est le langage du sens commun, sans ombre de témérité ou d'audace ; il ne porte aucune atteinte à la majesté de la sagesse divine, de même qu'on ne diminue en rien la toute puissance de Dieu en disant qu'Il ne peut faire que ce qui est fait ne soit pas fait. Mais je soupçonne, signor Simplicio, que vous prenez ombrage de ce que j'ai dit parce que vous avez mal entendu le sens de mes paroles. Aussi vais-je essayer de m'expliquer mieux : la vérité dont les démonstrations mathématiques nous donnent connaissance est celle même que connait la sagesse divine ; mais je suis tout prêt à vous accorder que le mode suivant lequel Dieu connait l'infinité des propositions est souverainement plus excellent que le mode suivant lequel nous en connaissons quelques-unes : le nôtre est un procédé discursif, un cheminement de conclusion en conclusion, alors que le Sien est une intuition simple. Ainsi, par exemple, pour acquérir la notion de quelques propriétés du cercle, lesquelles sont en nombre infini, nous partons de l'une des plus simples et, l'ayant prise comme définition, nous passons par raisonnement à une autre, de celle-ci à une troisième, puis à une quatrième et ainsi de suite ; tandis que l'intellect divin, par simple appréhension de l'essence du cercle, saisit, sans nul discours déroulé dans le temps, le nombre infini des propriétés de cette figure, lesquelles d'ailleurs, comme celles de toute figure, sont virtuellement contenues dans la définition et, pour infinies qu'elles soient, ne sont peut-être qu'une seule en leur essence et dans la pensée de Dieu. Cette connaissance intuitive n'est pas elle-même tout à fait étrangère à l'intellect humain, mais elle est obscurcie par un profond et épais brouillard, lequel se raréfie et s'éclaircit un peu quand nous nous sommes rendus maîtres d'un certain nombre de conclusions fermement démontrées et quand nous les avons si bien présentées à l'esprit que nous pouvons très rapidement les parcourir. Car, après tout, que dans un triangle rectangle le carré opposé à l'angle droit soit égal à la somme des deux carrés adjacents, qu'est-ce autre chose sinon que les parallélogrammes construits sur une base commune et entre les mêmes parallèles sont égaux entre eux ? Et ceci, pour finir, qu'est-ce autre chose sinon que deux surfaces appliquées l'une sur l'autre et contenues dans les mêmes limites sont égales ? Or, ces passages que notre intellect opère dans le temps et en avançant pas à-pas, l'intellect divin, prompt comme la lumière, les fait en un instant, ce qui revient à dire que tous lui sont présents à la fois. J'en arrive donc à cette conclusion que notre entendement, en ce qui concerne tant le mode de connaissance que la multiplicité des choses connues, est séparé de l'entendement divin par un intervalle infini, mais je ne l'abaisse pas au point de le réputer absolument nul ; bien plus, quand je considère combien sont nombreuses et merveilleuses les choses que les hommes ont comprises, découvertes et opérées, je connais et conçois clairement que l'esprit humain est oeuvre de Dieu, et l'une des plus excellentes.

    Galilée, Dialogue sur les deux grands Systèmes du Monde (1632)

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  • Engels : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !"

    ""Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !" Quelques voix seulement nous répondirent, lorsque nous lançâmes cet appel par le monde, il y a maintenant quarante-deux ans, à la veille de la première révolution parisienne dans laquelle le prolétariat se présenta avec ses revendications à lui. Mais le 28 septembre 1864, des prolétaires de la plupart des pays de l'Europe occidentale s'unissaient pour former l'Association internationale des travailleurs, de glorieuse mémoire. L'Internationale elle-même ne vécut d'ailleurs que neuf années. Mais que l'alliance éternelle établie par elle entre les prolétaires de tous les pays existe encore et qu'elle soit plus puissante que jamais, il n'en est pas de meilleure preuve que la journée d'aujourd'hui. Au moment où j'écris ces lignes, le prolétariat d'Europe et d'Amérique passe la revue de ses forces, pour la première fois mobilisées en une seule armée, sous un même drapeau et pour un même but immédiat : la fixation légale de la journée normale de huit heures, proclamée dès 1866 par le Congrès de l'Internationale à Genève, et de nouveau par le Congrès ouvrier de Paris en 1889. Le spectacle de cette journée montrera aux capitalistes et aux propriétaires fonciers de tous les pays que les prolétaires de tous les pays sont effectivement unis."

    Friedrich Engels, Préface à l'édition allemande du Manifeste du Parti communiste (1890)

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  • Béart : "La Vérité"

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  • "X-Files" : La vérité est ailleurs...

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  • Nietzsche : Qu'est-ce que la vérité?

    "Qu'est-ce que la vérité ? Une multitude mouvante de métaphores, de métonymies, d'anthropomorphismes, bref, une somme de relations humaines qui ont été poétiquement et rhétoriquement haussées, transposées, ornées, et qui, après un long usage, semblent à un peuple fermes, canoniales et contraignantes : les vérités sont des illusions dont on a oublié ce qu'elles sont, des métaphores qui ont été usées et qui ont perdu leur force sensible, des pièces de monnaies qui ont perdu leur empreinte et qui entrent dès lors en considération non plus comme pièces de monnaie mais comme métal."

    Friedrich Nietzsche, Le Livre du Philosophe (1873)

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