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=>Saison. 10 - Page 4

  • King : Obéissance aux lois justes et révolution non-violente

    Il y a deux sortes de lois : les lois justes et les injustes. Je suis le premier à préconiser l’obéissance aux lois justes. C’est une responsabilité morale aussi bien que légale. Or, cette même responsabilité morale nous commande inversement de désobéir aux lois injustes. […] Quiconque enfreint une loi injuste doit le faire ouvertement, avec ferveur, et la volonté d’en accepter les conséquences. Je soutiens qu’un homme qui refuse d’obéir à une loi lui paraissant injuste en son âme et conscience et qui se soumet de plein gré à la peine de prison afin d’en démontrer l’injustice à ses concitoyens, exprime en agissant ainsi son très grand respect pour la loi.

    Martin Luther King, Révolution non-violente (1965)

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  • Kant : Tout opposition au pouvoir législatif suprême est un crime

    Toute opposition au pouvoir législatif suprême, toute révolte destinée à traduire en actes le mécontentement des sujets, tout soulèvement qui éclate en rébellion est, dans une république, le crime le plus grave et le plus condamnable, car il en ruine le fondement même. Et cette interdiction est inconditionnelle, au point que quand bien même ce pouvoir ou son agent, le chef de l’État, ont violé jusqu’au contrat originaire et se sont par là destitués, aux yeux du sujet, de leur droit à être législateurs, puisqu’ils ont donné licence au gouvernement de procéder de manière tout à fait violente (tyrannique), il n’en demeure pas moins qu’il n’est absolument pas permis au sujet de résister en opposant la violence à la violence. En voici la raison : c’est que dans une constitution civile déjà existante le peuple n’a plus le droit de continuer à statuer sur la façon dont cette constitution doit être gouvernée. Car, supposé qu’il en ait le droit, et justement le droit de s’opposer à la décision du chef réel de l’État, qui doit décider de quel côté est ce droit ? Ce ne peut être aucun des deux, car il serait juge dans sa propre cause. Il faudrait donc qu’il y eût un chef au-dessus du chef pour trancher entre ce dernier et le peuple, ce qui se contredit. – Il ne se peut faire non plus qu’intervienne en ce cas un droit de nécessité, qui d’ailleurs au titre de droit prétendu de faire infraction au droit dans l’extrême détresse (physique) est un non-sens, ni qu’il fournisse la clé qui permettrait de lever la barrière limitant le pouvoir du peuple. Car le chef de l’État peut tout aussi bien, pour justifier la dureté de son procédé à l’égard des sujets, arguer de leur insoumission que ces derniers peuvent justifier leur révolte en se plaignant de subir un traitement qu’ils n’ont pas mérité, et qui tranchera en ce cas ? Celui qui se trouve en possession de l’administration, et c’est précisément le chef de l’État, est seul à pouvoir le faire ; et il n’est par conséquent personne dans la république qui puisse avoir le droit de lui contester cette possession. »

    Emmanuel Kant, Sur l’expression courante : Il se peut que cela soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien (1793)

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  • Thoreau : Résister aux lois injustes ?

    838_484px-benjamin_d._maxham_-_henry_david_thoreau_-_restored.jpgDes lois injustes existent : nous satisferons-nous de leur obéir ou tâcherons-nous de les amender, de leur obéir jusqu’à ce que nous y ayons réussi, ou les transgresserons-nous sur-le-champ ? Les hommes, sous un gouvernement comme le nôtre, estiment en général qu’ils doivent attendre d’avoir persuadé la majorité de les altérer. Ils pensent que s’ils résistaient, le remède serait pire que le mal...

    Une minorité est impuissante tant qu’elle se conforme à la majorité ; ce n’est du reste plus une minorité ; mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poids. Si l’alternative était de mettre tous les justes en prison ou renoncer à la guerre et à l’esclavage, l’État ne balancerait pas dans son choix. Si un millier d’hommes refusaient de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une mesure violente et sanguinaire, comme le fait de les payer et permettre à l’État de commettre la violence et de verser le sang innocent. Telle est, en fait, la définition d’une révolution paisible, si semblable chose est possible. Si percepteur, ou tout autre fonctionnaire, me demande : « Mais que voulez-vous que je fasse ? », ma réponse est : « Si vous voulez vraiment faire quelque chose, démissionnez. » Une fois que le sujet a refusé son allégeance et que le fonctionnaire a démissionné, la révolution est accomplie.

    Henry David ThoreauLa Désobéissance civile (1849)

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  • Thoreau : Désobéir contre l'injustice

    Si l’injustice fait partie des frottements nécessaires de la machine du gouvernement, alors qu’on la permette ; elle s’estompera peut-être – en tout cas, la machine tombera en panne. Si l’injustice a un ressort, une poulie ou une corde, voire une manivelle qui lui soient spécifiques, on peut alors se demander si la volonté de correction ne sera pas pire que le mal ; mais si elle est d’une telle nature qu’elle fasse de vous l’agent de l’injustice vis-à-vis d’autrui alors je déclare qu’il faut enfreindre la loi. Que votre vie devienne un contre-frottement pour arrêter la machine. Ce à quoi je dois veiller, à tout le moins, c’est à ne pas me prêter au mal que je condamne.

    Quant à adopter les pratiques prévues par l’État pour remédier au mal, je ne les connais pas. Elles réclament trop de temps et la vie d’un homme n’y suffit pas. J’ai d’autres sujets d’intérêt. Je suis venu dans ce monde, non pas d’abord pour en faire un lieu de vie agréable, mais pour y vivre, qu’il soit bon ou mauvais. Un homme ne saurait tout faire, seulement quelque chose et ce n’est pas parce qu’il ne peut tout faire qu’il doit faire quelque chose d’injuste.

    Henry David Thoreau, La Désobéissance civile (1849)

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  • Spinoza : "La raison elle-même affirme l’impossibilité de l’indépendance individuelle"

    On ne saurait concevoir que chaque citoyen soit autorisé à interpréter les décisions ou lois nationales. Sinon, chacun s’érigerait ainsi en arbitre de sa propre conduite […]
    Tout citoyen, on le voit, est non pas indépendant, mais soumis à la nation, dont il est obligé d’exécuter tous les ordres. Il n’a aucunement le droit de décider quelle action est équitable ou inique, d’inspiration excellente ou détestable. Tant s’en faut ! L’État on l’a vu, est en même temps qu’un corps, une personnalité spirituelle ; la volonté de la nation devant passer, par suite, pour la volonté de tous, il faut admettre que les actes, déclarés justes et bons par la nation, le sont aussi de ce fait pour chacun des sujets. Dans l’hypothèse même, où l’un des sujets estimerait les décisions nationales parfaitement iniques, il ne serait pas moins obligé d’y conformer sa conduite.

    Voici alors une objection qu’on va nous opposer : La raison ne nous interdit-elle pas de nous incliner entièrement devant le jugement d’un autre, et par conséquent, ne devrait-on pas tenir un tel état de société pour contraire aux exigences raisonnables ? de sorte que cet état social irrationnel ne pourrait plus être réalisé que par des hommes déraisonnables. Mais, répondrons-nous, il n’est pas possible qu’un seul des enseignements de la raison contredise la réalité naturelle. Or les hommes, étant en proie aux sentiments, la saine raison ne saurait exiger que chacun d’eux soit indépendant ; en d’autres termes, la raison elle-même affirme l’impossibilité de l’indépendance individuelle. D’autre part la raison enseigne également et sans réserve qu’il faut chercher à maintenir la paix. Comment la paix régnerait-elle, si la législation générale de la nation n’était à l’abri de toute atteinte ? Ainsi pour ce motif encore, plus l’homme se laisse guider par la raison, c’est-à-dire plus il est libre, plus il s’astreindra à respecter la législation de son pays, ainsi qu’à exécuter les ordres de la souveraine Puissance à laquelle il est soumis. J’ajouterai enfin un dernier argument : l’état de société s’est imposé comme une solution naturelle, en vue de dissiper la crainte et d’éliminer les circonstances malheureuses auxquelles tous étaient exposés. Son but principal ne diffère pas de celui que tout homme raisonnable devrait s’efforcer d’atteindre – quoique sans aucune chance de succès – dans un état strictement naturel. D’où l’évidence de cette proposition : Alors même qu’un homme raisonnable se verrait un jour, pour obéir à son pays, contraint d’accomplir une action certainement contraire aux exigences de la raison, cet inconvénient particulier serait compensé, et au-delà par tout le bien dont le fait bénéficier en général l’état de société. L’une des lois de la raison prescrit qu’entre deux maux nous choisissions le moindre ; il est donc permis de soutenir que jamais personne n’accomplit une action contraire à la discipline de la raison, en se conformant aux lois de son pays.

    Baruch Spinoza, Traité de l’autorité politique (1677)

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  • Article 7

    "Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la Loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout Citoyen appelé ou saisi en vertu de la Loi doit obéir à l’instant: il se rend coupable par la résistance.

    Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, art. 7

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  • Hobbes : Le Léviathan

    Une convention où je m’engage à ne pas me défendre de la violence par la violence est toujours nulle. En effet, nul ne peut transmettre son droit de se protéger de la mort, des blessures et de l’emprisonnement, ou s’en dessaisir, puisque c’est à seule fin d’éviter ces choses que l’on se dessaisit de quelque droit que ce soit. Aussi la promesse de ne pas résister à la violence ne transmet-elle des droits dans aucune convention, et ne crée-t-elle pas d’obligation. En effet, encore qu’un homme puisse stipuler dans une convention : Si je ne fais pas ceci ou cela, tue-moi, il ne saurait stipuler : si je ne fais pas cela je ne résisterai pas quand tu viendras me tuer. Car l’homme choisit naturellement le moindre des deux maux, c’est-à-dire le risque de mourir au cas où il résisterait, de préférence au plus grand, qui est la mort certaine et immédiate s’il ne résistait pas. La vérité de tout cela est concédée par tous les hommes, en ce qu’ils font mener les criminels au supplice ou à la prison par des hommes armés, nonobstant le fait que ces criminels aient accepté la loi qui les condamne.

    Thomas Hobbes,Le Léviathan (1651)

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  • De la Boétie : La servitude volontaire

    Ils sont vraiment extraordinaires, les récits de la vaillance que la liberté met au cœur de ceux qui la défendent ! Mais ce qui arrive, partout et tous les jours : qu’un homme seul en opprime cent mille et les prive de leur liberté, qui pourrait le croire, s’il ne faisait que l’entendre et non le voir ? Et si cela n’arrivait que dans des pays étrangers, des terres lointaines et qu’on vînt nous le raconter, qui ne croirait ce récit purement inventé ?

    Or ce tyran seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni de l’abattre. Il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à sa servitude. Il ne s’agit pas de lui ôter quelque chose, mais de ne rien lui donner. Pas besoin que le pays se mette en peine de faire rien pour soi, pourvu qu’il ne fasse rien contre soi. Ce sont donc les peuples eux-mêmes qui se laissent, ou plutôt qui se font malmener, puisqu’ils en seraient quittes en cessant de servir. C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge ; qui, pouvant choisir d’être soumis ou d’être libre, repousse la liberté et prend le joug ; qui consent à son mal, ou plutôt qui le recherche… S’il lui coûtait quelque chose pour recouvrer sa liberté, je ne l’en presserais pas ; même si ce qu’il doit avoir le plus à cœur est de rentrer dans ses droits naturels et, pour ainsi dire, de bête redevenir homme.

    Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire ou Contr’un (1574-1576)

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  • De Rosnay : Mentir pour se sauver

    C'était sa dernière réserve d'honnêteté. Sa dernière miette de bonne conscience. Tout ce que ses parents lui avaient inculqué depuis sa naissance. Il faut toujours dire la vérité, Hélène. Toujours. Sinon, on est puni. On est puni, tu le sais. Ne jamais mentir. Mentir, c'est un péché. C'est un terrible péché. Mentir. Mentir pour s'en sortir. Oui, mentir. A présent, plus question de dire la vérité. Même si elle y avait songé un quart de seconde, maintenant, c'était fini. Mentir. Sauver la mise.

    Tatiana de Rosnay, Spirales (2004)

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  • Diderot : Contre les lois insensées

    téléchargement.jpgNous parlerons contre les lois insensées, jusqu’à ce qu’on les réforme ; et en attendant nous nous y soumettrons. Celui qui, de son autorité privée, enfreint une loi mauvaise, autorise tout autre à enfreindre les bonnes. Il y a moins d’inconvénients à être fou avec les fous qu’à être sage tout seul.

    Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville (1771)

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