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Compilation de textes - Page 4

  • Nietzsche : l'utilité de la souffrance

    "Mais tandis que je prononce ces mots, je me sens l'obligation, envers eux presque autant qu'envers nous, les esprits libres, leurs hérauts et leurs précurseurs, de dissiper un vieux et sot préjugé, un malentendu qui a trop longtemps rendu la notion "d'esprit libre" aussi opaque qu'un nuage. Dans tous les pays d'Europe et aussi en Amérique, il est maintenant des gens qui abusent de ce mot, une sorte d'esprits très étroits, emmurés, enchaînés qui veulent à peu près le contraire de ce qui est dans nos intentions et nos instincts, — sans compter qu'à l'égard de ces philosophes nouveaux, qui approchent, ils seront plus que jamais des fenêtres closes et des portes verrouillées. Brièvement et brutalement dit, ils appartiennent à l'espèce des niveleurs leurs, ces esprits faussement qualifiés de "libres"; ce sont des esclaves loquaces, des écrivailleurs au service du goût démocratique et de ses "idées modernes", des êtres dépourvus de solitude, de solitude personnelle, de braves lourdauds, certes courageux et de mœurs respectables, mais sans liberté et risiblement superficiels. Car que dire de leur tendance fondamentale qui consiste à voir dans les formes de la société existante la cause à peu près unique de tout le malheur et l'échec humains, ce qui n'est rien d'autre que de mettre joyeusement la vérité sur la tête et les pieds en l'air ! Ce qu'ils aimeraient réaliser de toutes leurs forces c'est le bonheur du troupeau pour tout le monde, le bonheur du troupeau qui pâture sa prairie, dans la sécurité, le bien-être, l'universel allègement de l'existence; leurs deux comptines et doctrines les plus ressassées sont "l'égalité des droits" et "la pitié pour tous ceux qui souffrent"; la souffrance elle-même, à leurs yeux, est une chose qu'il convient d'abolir. Nous qui pensons exactement le contraire, nous qui avons ouvert nos yeux et nos consciences et qui savons où et comment la plante "homme" a poussé le plus vigoureusement, nous qui croyons que cet épanouissement s'est toujours produit dans des conditions diamétralement opposées, que la précarité de notre situation a dû devenir extrême, notre invention et notre dissimulation (notre "esprit") se développer dans le sens de la finesse et de l'audace, notre volonté de vivre s'intensifier jusqu'à devenir volonté de puissance absolue; nous croyons que la dureté, la violence, l'esclavage, le danger dans la rue et dans les cœurs, le secret, le stoïcisme, la tentation et les diableries de toutes sortes, que tout ce qui est mauvais, terrible, tyrannique en l'homme, ce qui tient en lui du fauve et du serpent, sert aussi bien l'élévation de l'espèce "homme"que son contraire.""

    Friedrich Nietzsche, Par delà le Bien et le Mal (1886)

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  • Bergson : "Heureux obstacle !"

    "Or, je crois bien que notre vie intérieure tout entière est quelque chose comme une phrase unique entamée dès le premier éveil de la conscience, phrase semée de virgu­les, mais nulle part coupée par des points. Et je crois par conséquent aussi que notre passé tout entier est là, subconscient — je veux dire présent à nous de telle manière que notre conscience, pour en avoir la révélation, n’ait pas besoin de sortir d’elle-même ni de rien s’adjoindre d’étranger : elle n’a, pour apercevoir distinctement tout ce qu’elle renferme ou plutôt tout ce qu’elle est, qu’à écarter un obstacle, à soulever un voile. Heureux obstacle, d’ailleurs ! voile infiniment précieux ! C’est le cerveau qui nous rend le service de maintenir notre attention fixée sur la vie ; et la vie, elle, regarde en avant ; elle ne se retourne en arrière que dans la mesure où le passé peut l’aider à éclairer et à préparer l’avenir."

    Henri Bergson, L'énergie spirituelle (1919)

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  • Pépin : Être existentialiste, c'est redouter que le succès dans une voie ne nous y enferme

    sartre,pépin"Être existentialiste, c'est penser qu'une vie ne suffira de toute façon pas à épuiser tous les tous les possibles. Reste à ne pas trop passer à coté d'eux.

    La mort est d'autant plus un scandale que la vie est pensée non comme essence ou valeur éternelle, mais comme "projet". Être existentialiste, c'est redouter que le succès dans une voie ne nous y enferme, et nous conduise jusqu'au terme de notre vie sans savoir qui nous sommes. Contre la vision habituelle, c'est valoriser l'échec comme ouverture du champ des possibles : échouer plus, finalement, c'est exister davantage."

    Charles Pépin, Les Vertus de l'échec (2016)

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  • Pépin : les vertus de l'échec

    "Ces quelques exemples le suggèrent déjà : il n'y a pas une vertu de l’échec, mais plusieurs.
    Il y a les échecs qui induisent une insistance de la volonté, et ceux qui en permettent le relâchement ; les échecs qui nous donnent la force de persévérer dans la même voie, et ceux qui nous donnent l'élan pour en changer.

    Il y a les échecs qui nous rendent plus combatifs, ceux qui nous rendent plus sages, et puis il y a ceux qui nous rendent simplement disponibles pour autre chose."

    Charles Pépin, Les Vertus de l'échec (2016)

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  • Pépin : ceux qui ont échoué avant de réussir

    "Qu'ont en commun Charles de Gaulle, Steve Jobs et Serge Gainsbourg ? Qu'est-ce qui rapproche J. K. Rowling, Charles Darwin et Roger Federer, ou encore Winston Churchill, Thomas Edison ou Barbara ?

    Ils ont tous connu des succès éclatants ? Oui, mais pas seulement. Ils ont échoué avant de réussir. Mieux : c'est parce qu’ils ont échoué qu'ils ont réussi. Sans cette résistance du réel, sans cette adversité, sans toutes les occasions de réfléchir ou de rebondir que leurs ratés leur ont offertes, ils n'auraient pu s’accomplir comme ils l'ont fait."

    Charles Pépin, Les Vertus de l'échec (2016)

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  • Marc Aurèle : Face aux vagues qui ne cessent de me battre...

    marc aurèleSe rendre ferme comme le roc que les vagues ne cessent de battre. Il demeure immobile, et l'écume de l'onde tourbillonne à ses pieds. "Ah! quel malheur pour moi, dis-tu, que cet accident me soit arrivé !" Tu te trompes; et il faut dire: «Je suis bien heureux, malgré ce qui m'arrive, de rester à l'abri de tout chagrin, ne me sentant, ni blessé par le présent, ni anxieux de l'avenir». Cet accident en effet pouvait arriver à tout le monde; mais tout le monde n'aurait pas reçu le coup avec la même impassibilité que toi. Pourquoi donc tel événement passe-t-il pour un malheur plutôt que tel autre pour un bonheur?

    Mais peux-tu réellement appeler un malheur pour l'homme ce qui ne fait point déchoir en quoi que ce soit la nature de l'homme?

    Or, crois-tu qu'il y ait une vraie déchéance de la nature humaine, là où il n'est rien qui soit contraire au voeu de cette nature?

    Et quoi! tu connais précisément ce qu'est ce voeu; et tu croirais que cet accident qui t'arrive peut t'empêcher d'être juste, magnanime, sage, réfléchi, circonspect, sincère, modeste, libre, et d'avoir toutes ces autres qualités qui suffisent pour que la nature de l'homme conserve tous ses caractères propres!

    Quant au reste, souviens-toi, dans toute circonstance qui peut provoquer ta tristesse, de recourir à cette utile maxime: "Non seulement l'accident qui m'est survenu n'est point un malheur; mais de plus, c'est un bonheur véritable, si je sais le supporter avec un généreux courage"."

    Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (IIe s. ap. JC)

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  • Épictète : ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas

    "Il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, c'est la croyance, la tendance, le désir, le refus, bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c'est la santé, la richesse, l'opinion des autres, les honneurs, bref, tout ce qui ne vient pas de notre action.

    Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté; nul ne peut nous empêcher de faire ni nous entraver notre action.

    En conséquence, dès qu'une chose te semble douloureuse, songe à objecter aussitôt : "c'est une idée que je me fais, ce n'est pas du tout en réalité ce que cela paraît être". Ensuite, étudie cette chose, juge là à la lumière des principes que tu t'es donnés, et de celui-ci surtout qui est le premier : est-ce que cela fait partie des choses qui dépendent de nous ou non ? Et si cela fait partie des choses qui ne dépendent pas de nous, qu'il te soit facile de dire : "cela ne me touche pas"."

    Épictète, Manuel (IIe s. ap. JC)

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  • Kipling : If

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir ;

    Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
    Pourtant lutter et te défendre ;

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots,
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
    Sans mentir toi-même d’un mot ;

    Si tu peux rester digne en étant populaire,
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

    Si tu sais méditer, observer et connaître,
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
    Penser sans n’être qu’un penseur ;

    Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
    Si tu peux être brave et jamais imprudent,
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
    Sans être moral ni pédant ;

    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête
    Quand tous les autres les perdront,

    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
    Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
    Tu seras un homme, mon fils.

    Rudyard Kipling, If (1918)

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  • Pépin : l'échec pour apprendre plus vite ou le problème français

    "Nous sommes en France, à Tarbes, au cœur de l'hiver 1999. Le jeune Espagnol a treize ans. Il vient de perdre la de mi-finale du tournoi de tennis des Petits As, le championnat du monde officieux des 12/14 ans. Le Français qui l'a battu, et qui remportera le tournoi, est né la même année que lui et fait exactement la même taille. Pourtant, il l'a facilement dominé. Ce jeune prodige s'appelle Richard Gasquet : "le petit Mozart du tennis français". Les spécialistes affirment que jamais aucun joueur n'a atteint une telle maîtrise à cet âge. A neuf ans, il faisait déjà la une de Tennis Magazine, qui titrait : "Le champion que la France attend". Ses gestes parfaits, la beauté de son revers à une main, l'agressivité de son jeu furent pour son adversaire autant de blessures narcissiques.

    Après avoir serré la main de Richard Gasquet, l'adolescent majorquain se laisse tomber sur sa chaise, sonné. Il s'appelle Rafaël Nadal.

    Ce jour-là, Rafaël Nadal a échoué à devenir champion du monde de sa classe d'âge. Quiconque regarde ce match aujourd'hui (disponible sur YouTube) est frappé par l'agressivité du jeu de Richard Gasquet : il prend la balle très tôt, et son adversaire de court. Or, cette manière d'entrer dans la balle avec une agressivité maximale évoque étrangement ce qui fera le succès de Rafaël Nadal, qui sera par la suite numéro un mondial et le restera des années, remportant soixante tournois, dont douze titres du Grand Chelem. Richard Gasquet est devenu un très grand joueur - il a atteint la septième place mondiale. Mais il n'a à ce jour remporté aucun tournoi du Grand Chelem. Et n'a gagné en tout que neuf titres. Quels que soient ses exploits futurs, sa carrière ne pourra plus égaler celle de Rafaël Nadal. La question se pose donc : où s'est jouée la différence?"

    Charles Pépin, Les vertus de l'échec (2016)

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  • Pépin : l'identification à l'échec

    "Lorsque nous échouons, nous nous identifions à l'échec. Nous nous persuadons que c'est nous qui sommes des ratés ! Nous confondons l'échec de notre projet avec celui de notre personne. Nous vivons dans un vieux pays qui fut jadis une grande puissance. Nous percevons implicitement le succès comme une fidélité à la norme, au passé. Et l'échec comme un manquement à cette tradition ou à cette norme, et non comme une expérience enrichissante ou une preuve d'audace. C'est une façon de voir très singulière, complètement différente de celle des américains, par exemple..."

    Charles Pépin

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  • La Chanson de Roland ou l'échec magnifié

    "Ami Roland, preux chevalier, belle jeunesse, quand je serai à Aix, dans ma chapelle, les hommes viendront me demander des nouvelles : je leur en donnerai d’effroyables et de funestes : il est mort, mon neveu qui me conquit tant de terres. Et contre moi se révolteront les Saxons, et les Hongrois, les Bulgares et tant d’autres mécréants, les gens de Rome, de la Pouille, tous ceux de Palerme et ceux d’Afrique et ceux de Califerne : pour moi viendront les souffrances et les peines."

    La Chanson de Roland, v. 2916-2929 (XIe s.)

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  • Marc Aurèle : "Sois semblable à un roc..."

    "Sois semblable à un roc contre lequel les vagues se brisent sans répit : il reste debout et autour de lui viennent mourir les bouillonnements des flots. Comme je suis malheureux de subir ce malheur ! Mais non ! Au contraire : comme je suis heureux, ayant subi ce malheur de résister à la peine sans être brisé par le présent, ni effrayé par l’avenir. Car la même chose pourrait arriver à n’importe qui, mais n’importe qui face à cette épreuve n’aurait pas résisté à la peine. Et pourquoi cela serait-il un malheur plutôt qu’un bonheur ?

    Appelles-tu un malheur pour l’homme ce qui n’est pas un échec pour la nature humaine ? Et ce qui n’est pas contraire au dessein de la nature t’apparaît-il comme un échec de la nature humaine ? Eh bien ? Tu connais ce dessein ; ce qui arrive t’empêche-t-il d’être juste, magnanime, prudent, sage, avisé, loyal, modeste, libre etc., qualités qui réunies, donnent à la nature humaine sa spécificité ? Bref, souviens-toi en présence de tout ce qui te plonge dans le chagrin, de recourir à ce principe : ceci n’est pas un malheur, mais le supporter noblement est un bonheur."

    Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (IIe s. ap. JC)

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  • Lenoir : l'échec n'est pas un drame

    "Il est temps d'admettre que ; non seulement l’échec n'est pas un drame, mais qu'il peut bien souvent devenir un événement positif. Son premier atout, qui est loin d'être négligeable, consiste à nous remettre dans une attitude d'humilité face à la vie. Il nous contraint à accepter la vie telle qu'elle est et non pas telle que nous la voulons ou la rêvons. La vraie souffrance, comme je l'ai rappelé à la suite des philosophes stoïciens, mais aussi taoïstes, naît de notre résistance au changement, au mouvement de la vie, à son flux. Alors, réjouissons-nous quand il y a des hauts; et quand des bas se présentent, acceptons-les et faisons en sorte qu'ils nous servent de tremplin. En ce sens, je considère nos échecs comme autant de maîtres spirituels, c'est-à-dire de guides qui nous aident à rectifier notre trajectoire. Ils appartiennent à la loi de la vie, et je pense que leur présence, qui nous est naturellement désagréable sur le moment, est néanmoins indispensable à la globalité de notre parcours. Pour qu'ils soient de vrais maîtres, néanmoins nous devons transformer le regard que nous portons sur eux. Plutôt que vivre chaque échec comme un drame, entendons-le comme l’occasion d’un éveil, d’une prise de conscience. Essayons d’en tirer des leçons plutôt que de perdre notre énergie à ressasser ses causes et ses conséquences. Considérons d’emblée que la difficulté qui nous frappe n’est pas un drame, mais une occasion de réfléchir à notre vie, de l’appréhender autrement."

    Frédéric Lenoir, Petit traité de Vie intérieure (2010)

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  • Pascal : La réussite est un leurre

    "Chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu'on appréhende plus de blesser ceux dont l'affection est plus utile et l'aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent ; et ainsi, ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.

    Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n'en sont pas exemptes, parce qu'il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle ; on ne fait que s'entre-tromper et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors sincèrement et sans passion.

    L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l'égard des autres. Il ne veut donc pas qu'on lui dise la vérité. Il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur."

    Blaise Pascal, Pensées (1670)

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  • Bergson : Qu’est-ce que le triomphe de la vie ?

    "Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris soin de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est remplie. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie ; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal."

    Henri Bergson, L’énergie spirituelle (1911)

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