Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Compilation de textes - Page 2

  • Platon : La démocratie et la liberté en danger

    "- N'est-ce pas le désir insatiable de ce que la démocratie regarde comme son bien suprême qui perd la démocratie?

    - Quel bien veux-tu dire?

    - La liberté, répondis-je. En effet, dans une cité démocratique tu entendras dire que c'est le plus beau de tous les biens, ce pourquoi un homme né libre ne saura habiter ailleurs que dans cette cité... Or, (...) n'est-ce pas le désir insatiable de ce bien, et l'indifférence pour tout le reste, qui change ce gouvernement et le met dans l'obligation de recourir à la tyrannie? (...) Lorsqu'une cité démocratique, altérée de liberté, trouve dans ses chefs de mauvais échansons, elle s'enivre de ce vin pur au-delà de toute décence; alors, si ceux qui la gouvernent ne se montrent pas tout à fait dociles et ne lui font pas large mesure de liberté, elle les châtie... Et ceux qui obéissent aux magistrats, elle les bafoue et les traite d'hommes serviles et sans caractère. Par contre elle loue et honore, dans le privé comme en public, les gouvernants qui ont l'air d'être des gouvernés et les gouvernés qui prennent l'air de gouvernants. N'est-il pas inévitable que dans une pareille cité l'esprit de liberté s'étende à tout ? (...) Qu'il pénètre, mon cher, à l'intérieur des familles, et qu'à la fin l'anarchie gagne jusqu'aux animaux ? (...) Or, vois-tu le résultat de tous ces abus accumulés? Conçois-tu bien qu'ils rendent l'âme des citoyens tellement ombrageuse qu'à la moindre apparence de contrainte ceux-ci s'indignent et se révoltent? Et ils en viennent à la fin, tu le sais, à ne plus s'inquiéter des lois écrites ou non écrites, afin de n'avoir absolument aucun maître.

    - Je ne le sais que trop, répondit-il

    - Eh bien! mon ami, c'est ce gouvernement si beau et si juvénile qui donne naissance à la tyrannie.

    Platon, La République (Ve s. av JC)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Montesquieu : "Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois"

    Comme on voit un fleuve miner lentement et sans bruit les digues qu’on lui oppose, et, enfin, les renverser dans un moment et couvrir les campagnes qu’elles conservaient, ainsi la puissance souveraine sous Auguste agit insensiblement et renversa sous Tibère avec violence.

    II y avait une loi de majesté contre ceux qui commettaient quelque attentat contre le peuple romain. Tibère se saisit de cette loi et l’appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avait été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances. Ce n’étaient pas seulement les actions qui tombaient dans le cas de cette loi, mais des paroles, des signes et des pensées même : car ce qui se dit dans ces épanchements de cœur que la conversation produit entre deux amis ne peut être regardé que comme des pensées. II n’y eut donc plus de liberté dans les festins, de confiance dans les parentés, de fidélité dans les esclaves ; la dissimulation et la tristesse du prince se communiquant partout, l’amitié fut regardée comme un écueil, l’ingénuité comme une imprudence, la vertu comme une affectation qui pouvait rappeler dans l’esprit des peuples le bonheur des temps précédents.

    Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice, lorsqu’on va, pour ainsi dire, noyer des malheureux sur la planche même sur laquelle ils s’étaient sauvés.

    Et, comme il n’est jamais arrivé qu’un tyran ait manqué d’instruments de sa tyrannie, Tibère trouva toujours des juges prêts à condamner autant de gens qu’il en put soupçonner. Du temps de la République, le Sénat, qui ne jugeait point en corps les affaires des particuliers, connaissait, par une délégation du peuple, des crimes qu’on imputait aux alliés. Tibère lui renvoya de même le jugement de tout ce qu’il appelait crime de lèse-majesté contre lui. Ce corps tomba dans un état de bassesse qui ne peut s’exprimer : les sénateurs allaient au-devant de la servitude ; sous la faveur de Séjan, les plus illustres d’entre eux faisaient le métier de délateurs.

    Montesquieu, Considérations sur les causes de la Grandeur des Romains et de leur décadence (1734)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Valéry : Méfions-nous du mot "liberté"

    "Liberté : c’est un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ; qui chantent plus qu’ils ne parlent ; qui demandent plus qu’ils ne répondent ; de ces mots qui ont fait tous les métiers, et desquels la mémoire est barbouillée de Théologie, de Métaphysique, de Morale et de Politique ; mots très bons pour la controverse, la dialectique, l’éloquence ; aussi propres aux analyses illusoires et aux subtilités infinies qu’aux fins de phrases qui déchaînent le tonnerre."

    Paul Valéry, Regards sur le monde actuel, "Fluctuations sur la Liberté" (1938)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • La liberté : ce que dit la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

    Art. 4 : La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de borne que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
    Art. 5 : La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.
     
    Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Hobbes : Une définition de la liberté

    Hobbesintro.jpg"Le mot liberté désigne proprement l’absence d’opposition (par opposition, j’entends les obstacles au extérieurs au mouvement), et peut être appliqué aux créatures sans raison ou inanimées aussi bien qu’aux créatures raisonnables. Si en effet une chose quelconque est liée ou entourée de manière à ne pas pouvoir se mouvoir, sauf dans un espace déterminé, délimité par l’opposition d’un corps extérieur, on dit que cette chose n’a pas la liberté d’aller plus loin. C’est ainsi qu’on a coutume de dire des créatures vivantes, lorsqu’elles sont emprisonnées ou retenues par des murs ou des chaînes, ou de l’eau lorsqu’elle est contenue par des rives ou par un récipient, faute de quoi elle se répandrait dans un espace plus grand, que ces choses n’ont pas la liberté de se mouvoir de la manière dont elles le feraient en l’absence d’obstacles extérieurs. Cependant, quand l’obstacle au mouvement réside dans la constitution de la chose en elle-même, on a coutume de dire qu’il lui manque, non pas la liberté, mais le pouvoir de se mouvoir ; c’est le cas lorsqu’une pierre gît immobile ou qu’un homme est cloué au lit par la maladie.
    D’après le sens propre (et généralement admis) du mot, un homme libre est celui qui, s’agissant des choses que sa force et son intelligence lui permettent de faire, n’est pas empêché de faire celles qu’il a la volonté de faire."
     
    Thomas Hobbes, Léviathan (1651)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Tocqueville : Le bonheur et la liberté, l'individualisme et le despotisme

    "Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres...

    Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire , qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?"

    Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique (1835-1840)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Calvino : Sur un arbre perché

    "En somme, malgré sa fameuse fugue, Côme vivait auprès de nous comme avant, ou peu s'en faut. C'était un solitaire qui ne fuyait pas les hommes. Au contraire, on eût dit qu'il ne pouvait s'en passer. Il se postait là où des paysans piochaient, retournaient le fumier, fauchaient un pré, et leur donnait poliment le bonjour. Eux levaient la tête, ahuris ; il leur faisait comprendre aussitôt où il se trouvait : notre vieille manie de nous cacher pour faire des farces aux passants, quand nous montions ensemble dans les arbres, l'avait complètement quitté. Les premiers temps, les paysans qui le voyaient franchir de telles distances sur ses branches ne savaient trop quel parti adopter, se demandant s'il fallait lui tirer leur chapeau comme on fait devant un notable ou le houspiller comme un morveux. Ensuite, ils s'habituèrent et commencèrent d'échanger avec lui des propos sur leurs travaux, sur le temps ; ils semblaient même apprécier son jeu, un jeu ni meilleur ni pire que tant d'autres auxquels ils voyaient se livrer les riches.

    Côme restait arrêté des demi-heures dans un arbre pour les regarder travailler et les interroger sur les engrais ou les semences ; il n'avait jamais eu l'occasion de rien faire de tel tant qu'il circulait à terre : une espèce de honte l'avait jusqu'alors empêché d'adresser la parole aux villageois et aux domestiques. A présent, il les informait de ce que le sillon qu'ils étaient occupés à tracer était ou n'était pas droit, de ce que les tomates étaient déjà mûres dans le champ du voisin ; ou bien il s'offrait à faire pour eux de petites commissions, par exemple aller dire à la femme d'un faucheur que celui-ce avait besoin d'une pierre à aiguisier, ou avertir qu'on détournât l'eau pour arroser un jardin. Et si, en se déplaçant pour des missions semblables, il voyait un vol de moineaux se poser dans un champ de blé, il faisait du tapage et agitait sa toque afin de les mettre en fuite."

    Italo Calvino, Le Baron perché (1957)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • Bach : Jonathan Livingstone, libre et responsable

    "- ... un jour, Jonathan Livingstone le Goéland, tu apprendras que l'irresponsabilité ne paie pas. La vie, c'est peut-être pour toi l'inconnu et l'insondable, mais nous, nous sommes mis au monde pour manger et demeurer vivants aussi longtemps que possible !

    Un goéland jamais ne réplique au Grand Conseil ; pourtant la voix de Jonathan s'éleva :

    - Irresponsabilité ? Mes frères ! s'écria-t-il, qui donc est plus responsable que le goéland qui découvre un sens plus noble à la vie et poursuit un plus haut dessein que ceux qui l'ont précédé ? Mille années durant, nous avons joué des ailes et du bec pour ramasser des têtes de poisson, mais désormais nous avons une raison de vivre : apprendre, découvrir, être libres !"

    Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland (1970)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [68] "Ma liberté est-elle en danger?" [À venir] Imprimer
  • La non-violence est-elle une idéologie ou un idéal ?

    Le terme "idéologie" fait référence à un système de pensées clos, à une doctrine qui prétend interpréter toute la réalité humaine, sociale et politque, enfermer toute la vérité et à laquelle tout un chacun doit se soumettre. Toute idéologie est génératrice de violences et le XXe siècle en a connu de monstrueux exemples avec l'idéologie marxiste-léniniste et l'idéologie nazie. Les idéologies religieuses ont aussi été sources de violences destructrices dans l'histoire et ressurgissent aujourd'hui par la prolifération des attentats suicides et des guerres contemporaines récentes.

    La non-violence n'est pas le but, elle est le moyen mis au service de la paix. Une action n'est pas d'abord juste parce qu'elle est non-violente. Ce qui la justifie, c'est d'abord d'être au service d'une cause juste. Le choix de la non-violence s'appuie sur la conscience que la violence est source d'injustices nouvelles qui desservent grandement la cause pour laquelle l'action a été engagée. Non-violence et justice sont intimement liées. La non-violence devient une idéologie lorsqu'elle est coupée du but de la justice. Il en est de même pour la paix. Ceux qui ordonnent la guerre la justifient toujours par la recherche de la justice, de la sécurité et de la paix. La paix devient une idéologie lorsqu'elle est coupée de la non-violence. S'il est une idée précise qui se dégage de la Décennie pour la promotion "d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde" en ce début du troisième millénaire, c'est l'idée de "la non-violence pour la paix" ou de la "paix par la non-violence."

    La culture de non-violence et de la paix peut être considérée comme un idéal vers lequel tendent les sociétés humaines au XXIe siècle. L'expérience des violences extrêmes du XXe siècle (guerres mondiales, génocides) les a conduites à profondément questionner la culture dominante de violence et de guerre. Cependant, la guerre et l'usage de la violence restent légitimés dans un certain nombre de cas. Dans ce sens, la non-violence est encore un idéal non atteint.

    Affirmer que la non-violence est un idéal peut aussi être une façon de dire que la non-violence est un horizon inatteignable, que nous ne sommes pas encore capables d'adopter des comportements non-violents dans les conflits que nous rencontrons et que que nous n'en serons peut-être jamais capables. D'une certaine manière, c'est accepter voire justifier par avance d'avoir recours à la violence dans les situations qui nous submergent. Il est vrai que personne ne peut se vanter de toujours agir de façon non-violente. Nous connaissons tous des emportements, des gestes ou des paroles qui n'ont rien de non-violents. Il est aussi des moments où la violence peut nous paraître préférable parce que nous ne voyons pas ou nous ne savons pas comment faire autrement. Il ne s'agit pas de s'en culpabiliser, mais de reconnaître que nous n'avons pas su faire autrement tout en refusant de justifier intellectuellement cette violence qui nous a échappée. Ces constats nous invitent à imaginer des réponses autres pour qu'à l'avenir nous soyons mieux « désarmés » pour faire face de façon non-violente à une situation semblable. La non-violence en ce sens est un choix et un idéal de vie vers lequel nous voulons tendre.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Comment peut-on développer une culture de la non-violence et de la paix ?

    L'ONU propose un programme d'action sur huit domaines d'intervention. Ils recouvrent l'éventail de tous les aspects de l'action à entreprendre en vue de la promotion d'une culture de paix et de non-violence :

    - mesures pour renforcer une culture de la paix par l'éducation ;
    - mesures pour promouvoir le développement économique et social durable ;
    - mesures pour promouvoir le respect de tous les droits de l'Homme ;
    - mesures pour assurer l'égalité entre les femmes et les hommes ;
    - mesures pour favoriser la participation à la vie démocratique ;
    - mesures pour faire progresser la compréhension, la tolérance et la solidarité ;
    - mesures pour soutenir la communication participative et la libre circulation de l'information et des connaissances ;
    - mesures pour promouvoir la paix et la sécurité internationales17.

    Parmi les mesures proposées pour renforcer une culture de paix, de 2001 à 2010 la Coordination française pour la Décennie a concentré ses efforts sur l'invitation faite aux États-membres de l'ONU à « prendre les mesures nécessaires pour que la pratique de la non-violence et de la paix soit enseignée à tous les niveaux de leurs sociétés respectives, y compris dans les établissements d'enseignement. »18 À la fin de la décennie de l'ONU, la Coordination a confirmé cette orientation en choisissant de s'appeler désormais la Coordination pour l'éducation à la non-violence et la paix, et en rappelant que son objectif est le développement d'une culture de la non-violence et de paix.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • La non-violence : un comportement, une attitude ou une philosophie ?

    On peut dire que la non-violence est tout cela à la fois. La non-violence es: d'abord un choix personnel. C'est le choix de refuser d'user de violence dans tout conflit dans lequel on est engagé et, en ce sens, elle est une attitude, un état d'esprit.

    Ce choix est souvent guidé par le sentiment profond de l'absurdité de la violence, du danger d'escalade que déchaîne tout acte de violence. Prendre conscience qu'il est dérisoire de rendre de façon automatique coups pour coups, c'est affirmer le choix de la non-violence. Escalade et mimétisme caractérisent les phénomènes de violence et le principe « œil pour œil, dent pour dent » devient bien souvent « un peu plus qu'un œil pour un œil et un peu plus qu'une dent pour une dent ». C'est ainsi que Gandhi pouvait dire qu'avec une telle philosophie, l'humanité serait vite complètement aveugle et édentée. La non-violence est une sagesse de vie, une philosophie qui donne sens à une existence.

    Dans chaque situation de conflit, la question qui m'est posée est : « Violence ou non-violence, quel est mon choix ? » Si je fais le choix de la non-violence, j'entre dans une confrontation active avec l'autre pour faire évoluer la situation jusqu'à ce que les parties concernées soient satisfaites. Dans le cadre d'un conflit interpersonnel, le dialogue, la négociation avec gains mutuels, la médiation, le recours à la loi, à un arbitre ou à un juge sont des moyens actifs de sa résolution non-violente. La non-violence est donc aussi un type de comportement et des moyens d'action.

    Dans le cadre d'un conflit social ou politique, quand les négociations sont bloquées, ceux qui sont victimes d'une injustice peuvent organiser une campagne d'actions directes non-violentes. Refuser de recourir à la violence contre les personnes, prendre à témoin l'opinion publique, refuser de collaborer avec l'injustice, proposer des solutions concrètes et commencer à les mettre en pratique sont autant de pistes pour l'action non-violente.
    Quand tous les moyens légaux ont été essayés en vain, certains groupes se sentent légitimés d'entrer dans des modes d'actions non-violentes et illégales. Ils entrent ainsi dans la désobéissance civile.

    Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Minoui : Des passeurs de livres contre la violence en Syrie

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Merleau-Ponty : "Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme"

    merleauponty.jpg"Il n’est pas plus naturel ou pas moins conventionnel de crier dans la colère ou d’embrasser dans l’amour que d’appeler “table” une table. Les sentiments et les conduites passionnelles sont inventés comme les mots. Même ceux qui, comme la paternité, paraissent inscrits dans le corps humain, sont en réalité des institutions. Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait “naturels” et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens qu’il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique, et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme."

    Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la Perception (1945)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Kant : "Celui qui n'est point cultivé est brut"

    KANT.jpg"La discipline nous fait passer de l'état animal à celui d'homme. Un animal est par son instinct même tout ce qu'il peut être ; une raison étrangère a pris d'avance pour lui tous les soins indispensables. Mais l'homme a besoin de sa propre raison. Il n'a pas d'instinct, et il faut qu'il se fasse à lui-même son plan de conduite. Mais, comme il n'en est pas immédiatement capable, et qu'il arrive dans le monde à l'état sauvage, il a besoin du secours des autres. L'espèce humaine est obligée de tirer peu à peu d'elle-même par ses propres efforts toutes les qualités naturelles qui appartiennent à l'humanité. Une génération fait l'éducation de l'autre. On ne peut chercher le premier commencement dans un état brut ou dans un état parfait de civilisation ; mais, dans ce second cas, il faut encore admettre que l'homme est retombé ensuite à l'état sauvage et dans la barbarie.

    La discipline empêche l'homme de se laisser détourner de sa destination, de l'humanité, par ses penchants brutaux. Il faut, par exemple, qu'elle le modère, afin qu'il ne se jette pas dans le danger comme un être indompté ou un étourdi. Mais la discipline est purement négative, car elle se borne à dépouiller l'homme de sa sauvagerie ; l'instruction au contraire est la partie positive de l'éducation. La sauvagerie est l'indépendance à l'égard de toutes les lois. La discipline soumet l'homme aux lois de l'humanité, et commence à lui faire sentir la contrainte des lois. Mais cela doit avoir lieu de bonne heure...

    Il n'y a personne qui, ayant été négligé dans sa jeunesse, ne soit capable d'apercevoir dans l'âge mûr en quoi il a été négligé, soit dans la discipline, soit dans la culture (car on peut nommer ainsi l'instruction). Celui qui n'est point cultivé est brut ; celui qui n'est pas discipliné est sauvage. Le manque de discipline est un mal pire que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu'on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline. Peut-être l'éducation deviendra-t-elle toujours meilleure, et chacune des générations qui se succéderont fera-t-elle un pas de plus vers le perfectionnement de l'humanité ; car c'est dans le problème de l'éducation que gît le grand secret de la perfection de la nature humaine.

    On peut marcher désormais dans cette voie. Car on commence aujourd'hui à juger exactement et à apercevoir clairement ce qui constitue proprement une bonne éducation. Il est doux de penser que la nature humaine sera toujours mieux développée par l'éducation et que l'on peut arriver à lui donner la forme qui lui convient par excellence. Cela nous découvre la perspective du bonheur futur de l'espèce humaine."

    Emmanuel Kant, Traité de pédagogie (1776-1787)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer
  • Freud : L'homme n'est pas un être doux

    L’homme n’est pas un être doux, en besoin d’amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l’agression. En conséquence de quoi, le prochain n’est pas seulement pour lui une aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ce qu’il possède, de l’humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus [l’homme est un loup pour l’homme] ; qui donc, d’après toutes les expériences de la vie et de l’histoire, a le courage de contester cette maxime ? (...)

    L’existence de ce penchant à l’agression que nous pouvons ressentir en nous-mêmes, et présupposons à bon droit chez l’autre, est le facteur qui perturbe notre rapport au prochain et oblige la culture à la dépense qui est la sienne. Par suite de cette hostilité primaire des hommes les uns envers les autres, la société de la culture est constamment menacée de désagrégation. L’intérêt de la communauté de la communauté de travail n’assurerait pas sa cohésion, les passions pulsionnelles sont plus fortes que les intérêts rationnels. Il faut que la culture mette tout en œuvre pour assigner des limites aux pulsions d’agression des hommes... De là la restriction de la vie sexuelle et de là aussi ce commandement de l’idéal : aimer le prochain comme soi-même, qui se justifie effectivement par le fait que rien d’autre ne va autant à contre-courant de la nature humaine originelle."

    Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929)

    Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [67] "Culture contre violence" Imprimer

"L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]