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Ellul : Réaliser toujours plus vite

Le quatrième paradigme de la déraison est : réaliser toujours plus vite. Curieusement, on a parfois opposé l'âge industriel de la machine (où il s'agissait d'aller toujours plus vite, taylorisme, etc.) avec notre âge technicien où l'on aurait au contraire davantage de vitesse certes de la part des machines, mais permettant d'épargner du temps à l'homme qui pourrait vivre et travailler à un rythme plus détendu. Il n'est pas impossible que beaucoup de tâches demandant un travail accéléré soient maintenant faites par les machines, mais la vie globalement est contrainte à une vitesse croissante du fait même de ces machines. Le problème des « cadences » n'est certes pas résolu. Et je citerai une anecdote pour montrer ce caractère impératif de la vitesse.

En 1983, M. Le Garrec a réglé par circulaire des problèmes très délicats : d'une part l'affaire des préretraites, d'autre part le régime des contrats de solidarité. Attaqué par la C.G.C., il a répondu que si l'on avait observé les procédures normales, consulté toutes les commissions compétentes et les organes représentatifs, cela aurait entraîné des retards importants, qui auraient été préjudiciables aux salariés et aux mesures contre le chômage. Cet argument est tout à fait typique de la mentalité technocratique. C'est exact que les procédures juridiques sont lentes, c'est exact que la concertation des intéressés ralentit forcément la décision. On a vu lors des expériences d'autogestion que le processus gestionnaire était très lent. Et ce fut toujours l'argument des dictateurs : la démocratie est lente. C'est pourquoi aujourd'hui nous avons à faire à une parodie de démocratie. Comme M. Le Garrec, il faut tout régler très vite, sans observer les règles parce que cette observance même est une limite.

Nous sommes entraînés à juger en fonction de la vitesse de nos machines. La raison consiste à poser ces deux questions : Est-ce un mal que la remise des décisions et actions à la vitesse de l'homme?

Jacques Ellul, Le bluff technologique (1988)

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