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Sagan : Qui n'a jamais aimé la vitesse n'a jamais aimé personne

On a beau être fou d'amour, en vain, on l'est moins à deux cents à l'heure. Le sang ne se coagule plus au niveau du coeur, le sang gicle jusqu'à l'extrémité de vos mains, de vos pieds, de vos paupières alors devenues des sentinelles fatales et inexorables de votre propre vie. C'est fou comme le corps, les nerfs, les sens vous tirent vers l'existence. Qui n'a pas sa vie inutile sans celle de "l'autre" et qui, en même temps, n'a pas amarré son pied à un accélérateur à la fois trop sensible et trop poussif, qui n'a pas senti son corps tout entier se mettre en garde, le silence prestigieux et fascinant d'une mort prochaine, ce mélange de refus et de provocation, n'a jamais aimé la vitesse, n'a jamais aimé la vie, n'a jamais aimé personne.

Françoise Sagan, Avec mon meilleur Souvenir (1984)

Lien permanent Catégories : =>Saison. 10, Compilation de textes, Documents, Livres, [75] "Va-t-on trop vite?" Imprimer 0 commentaire Pin it!

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