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Moréas : Les Stances

cab2b748-65e6-11e4-8a58-5be81d522cf9.jpg"Les roses que j’aimais s’effeuillent chaque jour ;

Toute saison n’est pas aux blondes pousses neuves ;

Le zéphyr a soufflé trop longtemps ; c’est le tour

Du cruel aquilon qui condense les fleuves.

 

Vous faut-il, Allégresse, enfler ainsi la voix,

Et ne savez-vous point que c’est grande folie,

Quand vous venez sans cause agacer sous mes doigts

Une corde vouée à la Mélancolie ?

 

Calliope, Erato, filles de Jupiter,

Je vous invoque ici sur la harpe sonore ;

Je le faisais enfant, et bientôt mon hiver

Passera mon automne et mon printemps encore

 

Quelle bizarre Parque au cœur capricieux

Veut que le sort me flatte au moment qu’il me brave ?

Les maux les plus ingrats me sont présents des dieux,

Je trouve dans ma cendre un goût de miel suave.

 

J’ai choisi cette rose au fond d’un vieux panier

Que portait par la rue une marchande rousse ;

Ses pétales sont beaux du premier au dernier,

Sa pourpre vigoureuse en même temps est douce.

 

Vraiment d’une autre rose elle diffère moins

Que la lanterne fait d’une vessie enflée :

A ne s’y pas tromper qu’un sot mette ses soins,

Mais la perfection est chose plus celée.

 

Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ;

Ou c’est d’un esprit sot ou c’est d’une âme basse.

Surtout ne dites point : elle est malheur sans fin ;

C’est d’un mauvais courage et qui trop tôt se lasse.

 

Riez comme au printemps s’agitent les rameaux,

Pleurez comme la bise ou le flot sur la grève,

Goûtez tous les plaisirs et souffrez tous les maux ;

Et dites : c’est beaucoup et c’est l’ombre d’un rêve."

Jean Moréas, Les Stances (1899-1920)

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