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La non-violence est-elle une idéologie ou un idéal ?

Le terme "idéologie" fait référence à un système de pensées clos, à une doctrine qui prétend interpréter toute la réalité humaine, sociale et politque, enfermer toute la vérité et à laquelle tout un chacun doit se soumettre. Toute idéologie est génératrice de violences et le XXe siècle en a connu de monstrueux exemples avec l'idéologie marxiste-léniniste et l'idéologie nazie. Les idéologies religieuses ont aussi été sources de violences destructrices dans l'histoire et ressurgissent aujourd'hui par la prolifération des attentats suicides et des guerres contemporaines récentes.

La non-violence n'est pas le but, elle est le moyen mis au service de la paix. Une action n'est pas d'abord juste parce qu'elle est non-violente. Ce qui la justifie, c'est d'abord d'être au service d'une cause juste. Le choix de la non-violence s'appuie sur la conscience que la violence est source d'injustices nouvelles qui desservent grandement la cause pour laquelle l'action a été engagée. Non-violence et justice sont intimement liées. La non-violence devient une idéologie lorsqu'elle est coupée du but de la justice. Il en est de même pour la paix. Ceux qui ordonnent la guerre la justifient toujours par la recherche de la justice, de la sécurité et de la paix. La paix devient une idéologie lorsqu'elle est coupée de la non-violence. S'il est une idée précise qui se dégage de la Décennie pour la promotion "d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde" en ce début du troisième millénaire, c'est l'idée de "la non-violence pour la paix" ou de la "paix par la non-violence."

La culture de non-violence et de la paix peut être considérée comme un idéal vers lequel tendent les sociétés humaines au XXIe siècle. L'expérience des violences extrêmes du XXe siècle (guerres mondiales, génocides) les a conduites à profondément questionner la culture dominante de violence et de guerre. Cependant, la guerre et l'usage de la violence restent légitimés dans un certain nombre de cas. Dans ce sens, la non-violence est encore un idéal non atteint.

Affirmer que la non-violence est un idéal peut aussi être une façon de dire que la non-violence est un horizon inatteignable, que nous ne sommes pas encore capables d'adopter des comportements non-violents dans les conflits que nous rencontrons et que que nous n'en serons peut-être jamais capables. D'une certaine manière, c'est accepter voire justifier par avance d'avoir recours à la violence dans les situations qui nous submergent. Il est vrai que personne ne peut se vanter de toujours agir de façon non-violente. Nous connaissons tous des emportements, des gestes ou des paroles qui n'ont rien de non-violents. Il est aussi des moments où la violence peut nous paraître préférable parce que nous ne voyons pas ou nous ne savons pas comment faire autrement. Il ne s'agit pas de s'en culpabiliser, mais de reconnaître que nous n'avons pas su faire autrement tout en refusant de justifier intellectuellement cette violence qui nous a échappée. Ces constats nous invitent à imaginer des réponses autres pour qu'à l'avenir nous soyons mieux « désarmés » pour faire face de façon non-violente à une situation semblable. La non-violence en ce sens est un choix et un idéal de vie vers lequel nous voulons tendre.

Sous la direction de Vincent Roussel, 100 Questions-réponses pour éduquer à la non-violence (2011)

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