Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

De Baecque : La violence cinématographique

"La violence représentée (les images de la violence) est donc d’autant plus spectaculaire que la violence de la représentation (la violence de l’image) est neutralisée, presque virtualisée. Tous ces tournages, par exemple, sont en immense partie virtuels. Le monstre Godzilla n’a jamais marché dans New York, ni même une réplique modèle réduit dans une ville miniature. C’était la technique d’animation des films japonais des années cinquante : technique dérisoire, annihilant en partie les images de la violence, mais, du moins, quelque chose était enregistré dans le monde, même un monde de poupées, de marionnettes, d’animation. Désormais, les acteurs regardent vers le néant, crient leur peur face au vide. Le monstre est reconstitué sur palette graphique, animation et Violences d’aujourd’hui, violence de toujours numérisation informatiques : il est totalement virtuel. Cette virtualité permet certes de filmer de la violence de façon « réaliste » — les cris des acteurs, les explosions, la ville qui brûle —, autorise une technique presque parfaite d’intégration du monstre dans l’image vue, mais défait cependant la représentation de cette image. Ce phénomène rejoint et renforce le processus de reproductibilité de l’image. La reproductibilité proliférante et la virtualité technique ont encouragé la violence dans l’image mais nié la violence de l’image. Dans ces films, la destruction de New York, pris comme emblème de la ville ultracivilisée, Babylone moderne, est ainsi comparable à un jeu vidéo de construction/déconstruction géant offert au spectateur, où ce dernier est, à la fois, dans l’image, pris au piège de l’apocalypse, et aux manettes de la commande, assistant à la destruction avec une certaine distance. Auparavant, le signe de la fin du monde était la découverte des vestiges de New York (La Planète des singes, New York 1997) ; désormais, cette épreuve est associée à la destruction même de la ville moderne, comprise telle un immense jeu vidéo."

Antoine de Baecque
colloque Violences d’aujourd’hui, violence de toujours, Rencontres internationales de Genève (1999)

Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, [67] "Culture contre violence" Imprimer

Les commentaires sont fermés.

"L'homme raisonnable est plus libre dans la cité où il vit sous la loi commune que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même." [Baruch Spinoza]