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Berlanda : "Ce monde est fait pour toi"

"─ Georges a réussi toutes sortes d’hybridations, des plus grossières, dont raffolait Seymour, aux plus subtiles. Mais il n’est pas encore parvenu à synthétiser les hormones ni à croiser les gènes de deux individus, d’espèces différentes ou non, qui produisent un individu supérieur à ses géniteurs. Depuis des siècles on a pu faire des céréales plus résistantes et, plus récemment, des guépards qui courent plus vite, pour le plaisir de John, ou des lézards dont tous les membres peuvent repousser, pas seulement la queue, et indéfiniment ; des spécimens plus performants que ceux que la nature a jamais produit sont sortis des labos de H.I.S.T.A.L, améliorés encore par des bains nanoparticulés, externes ou internes, ou par des greffes d’organes prélevés sur des cheptels ultrasélectionnés : ils sont plus forts, plus robustes, plus féconds, plus adaptables, mais aucun encore n’est né plus courageux, plus résolu ou plus loyal.

─ Tu es en train de me dire que ce qu’un type comme Georges Silverstone cherche à développer chez ses cobayes sont des qualités morales ? Je crois vraiment que j’en ai assez entendu… Je suis tellement désolée pour toi, Jacques. Hier soir, cette nuit, j’ai cru que quelque chose de bien t’était arrivé, d’aussi bien qu’à moi, quelque chose à quoi tu ne rêvais plus depuis des années et dont tu ne te souvenais même plus avoir rêvé un jour… Et voilà qu’en réalité tu basculais dans cette horreur.

Salmon baisse le nez, mais ce n’est pas de honte.

─ Quand je t’ai vue sortir mouillée de ta douche avec ton sourire tout neuf, j’ai cru moi aussi que je touchais au but. Mais quel but ? Rentrer dans mon deux-pièces pour couver mon cancer ? Boire ma prime de risque en attendant la prochaine virée aux antipodes ? Avec la bénédiction du Président et aussi son regret silencieux que je n’aie pas été tué sur le terrain une fois la mission accomplie ? Un homme comme moi est devenu une nécessité pour des Etats comme les nôtres, mais il ne faut pas compter sur leur considération. Et ça, ce ne serait pas grave : après tout, on n’est pas de ces baroudeurs sentimentaux à l’ancienne, qui se faisaient payer avec des médailles. Non, le plus grave c’est que je me fous pas mal de leur considération et encore plus de leur manque de considération. Comme je me fous que mon gosse ne m’adresse plus la parole, et comme je me fous de la France et de toute sa mystique folklorique qui n’est que le cache-sexe de sa bassesse. Tu devrais rester avec moi, Justine. Je veux dire de ton plein gré. Le monde que John construit est fait pour toi. Par toi, j’espère. John l’a deviné en te rencontrant. C’est pour ça qu’il t’a conduite ici."

Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017
"Naija ou mutations en chaîne", Bla Bla Blog

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