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Berlanda : "Animaux étranges"

"D’un faible mouvement de menton, il a désigné un bassin derrière lui, rempli d’une solution grise comme du métal liquide. Une dizaine de tuyaux y afflue, terminés par des goulots ressemblant à des bouches de lamproie (les apercevant, Justine s’est rappelé "Animaux étranges", un des rares livres qu’on lui avait achetés enfant, dans lequel ce poisson tubulaire balançait son rictus de vieille star multi-liftée des années 2000).

Pendant les trois minutes passées près d’Antoine, Justine n’a pas cessé d’observer la pièce en détail : les trois tables d’opération séparées par des cloisons mobiles, ouvertes aujourd’hui ; les bouteilles d’oxygène et d’azote dans des barlotières vissés aux murs ; les projecteurs tri-oculaires à lumière focalisée et bras articulés ; des prototypes tout en verre de moniteurs à châssis plats ; les armoires vitrées ; la citerne à eau désalinisée qui fournit les trois étages ; les instruments de chirurgie luisant dans des raviers disposés sur la céramique entre les fours et les bonbonnes d’alcool ; des colonnes de nourrices informatiques aux diodes opalines. Elle aperçoit en frissonnant les quatre agrafeuses à peau accrochées à un rail au-dessus des éviers, mais son regard est surtout polarisé par les bassins : trois sarcophages, couvercles à verrou pneumatique ouverts, dont le revêtement de la coque rappelle précisément celui du train Histal. Ils sont reliés à des générateurs par des câbles gainés dans des gouttières métalliques creusées dans le plancher et assujettis à des silos de trois mètres de hauteur et d’un demi de diamètre, contenant sans doute le même liquide et qui ont semblé être en or ou recouverts d’or à Justine. En or ? Il a vraiment les moyens, la crapule ! Mais ce n’est sûrement pas pour faire joli."

Thierry Berlanda, Naija, éd. du Rocher, 431 p., 2017
"Naija ou mutations en chaîne", Bla Bla Blog

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