Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Shelley, Le Docteur Frankenstein et sa créature

"Ce fut pendant une triste nuit de novembre que je contemplais le résultat de mon labeur. Avec une anxiété qui devint une agonie, je réunis les instruments de vie pour en communiquer une étincelle à la chose inanimée couchée à mes pieds. I1 était déjà une heure du matin. La pluie fouettait lugubrement les carreaux quand, à la lumière à moitié éteinte de ma bougie, je vis s’ouvrir les yeux jaunes et mornes de la créature. Elle respira profondément et un mouvement convulsif agita ses membres.

Comment décrire mon émotion devant cette catastrophe et dépeindre le misérable que j'avais réussi à créer après tant de soins. Ses membres étaient à sa taille et j’avais essayé de le rendre beau. Beau ! Mon dieu ! ... Sa peau jaune recouvrait à peine ses muscles et ses veines. Ses cheveux étaient pourtant abondants et d’un noir brillant. Ses dents étaient blanches comme des perles, mais ces splendeurs contrastaient d’une façon plus horrible encore avec ses yeux larmoyants et sans couleur, son visage ridé, le trait noir qui formait ses lèvres. J’avais travaillé durement pendant presque deux ans dans le seul but de donner la vie à un corps inanimé. Je m’étais privé de repos et de soins. Je l’avais désiré avec une ardeur sans borne, mais maintenant que c’était fini, la beauté du rêve s’évanouissait. Mon cœur se remplit de dégoût et d’une horreur indicible. Ne pouvant supporter la vue de l’être que j’avais créé je me précipitai hors de la pièce et pendant longtemps je marchai de long en large dans ma chambre sans pouvoir me calmer."

Mary Shelley,Frankenstein ou le Prométhée moderne (1816)

Lien permanent Catégories : =>Saison 9, Compilation de textes, Documents, Livres, [66] "Les sciences vont-elles trop loin?" [À venir Imprimer

Les commentaires sont fermés.