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CYRULNIK : LA RÉSILIENCE 1

7348733-11311878.jpg"On ne peut parler de résilience que s'il y a eu un traumatisme suivi de la reprise d'un type de développement, une déchirure raccommodée. Il ne s'agit pas du développement normal puisque le traumatisme inscrit dans la mémoire fait désormais partie de l'histoire du sujet comme un fantôme qui l'accompagne. Le blessé de l'âme pourra reprendre un développement, dorénavant infléchi par l'effraction dans sa personnalité antérieure.

Le moindre geste signifiant qui veut dire : "Tu existes dans mon esprit et ce que tu fais est important pour moi" éclaire un morceau de monde et rend sensible à un type de connaissances abstraites. L'effet de résilience est survenu grâce à une rencontre muette mais lourde de sens puisque chacun est devenu pour l'autre une figure signifiante. Pour Bonnafe, l'enfant signifiait : "Il a un courage que je n'ai pas eu, moi, quand j'ai dû interrompre mes études." Et pour l'enfant, l'enseignant signifiait : "J'ai gagné son estime, donc je suis estimable, malgré mon épuisement physique et ma misère sociale."

Il est très étonnant de constater à quel point les enseignants sous-estiment l'effet de leur personne et surestiment la transmission de leurs connaissances. Beaucoup d'enfants, vraiment beaucoup, expliquent en psychothérapie à quel point un enseignant a modifié la trajectoire de leur existence par une simple attitude ou une phrase, anodine pour l'adulte mais bouleversante pour le petit.

Les enseignants, en revanche, n'ont pas conscience de ce pouvoir. Les professeurs interrogés sur la réussite scolaire de leurs élèves ne s'attribuent presque jamais le mérite du succès. Presque toujours, ils l'expliquent par une sorte de qualité inhérente à l'élève : "Il avait une bonne tête", "ça rentrait bien", "il était studieux"... comme si l'enfant avait possédé une sorte de qualité scolaire à laquelle ils étaient étrangers, un bon terreau où avaient poussé les connaissances qu'ils y avaient plantées."

Boris Cyrulnik, Le Murmure des Fantômes (2003)

 

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