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THOMAS HOBBES : LÉVIATHAN

"On trouve dans la nature humaine trois causes principales de conflit : premièrement, la compétition ; deuxièmement, la défiance, troisièmement, la gloire...

leviathan.jpgPar cela il est manifeste que pendant ce temps où les humains vivent sans qu’une puissance commune ne leur impose à tous un respect mêlé d’effroi, leur condition est ce qu’on appelle la guerre ; et celle-ci est telle qu’elle est une guerre de chacun contre chacun...

Incidemment, on peut penser qu’il n’y eut jamais un temps comme celui-ci, non plus qu’un semblable état de guerre...

Ceci aussi est une conséquence de cette guerre de chacun contre chacun : que rien ne peut être injuste. Les notions du bon et du mauvais, de juste et de l’injuste n’ont pas leur place ici. Là où n’existe aucune puissance commune, il n’y a pas de loi ; là où il n’y a pas de loi, rien n’est injuste. En temps de guerre, la force et la tromperie sont les vertus cardinales. Justice et injustice ne sont aucunement des facultés du corps ou de l’esprit. Si elles l’étaient, ce serait celles d’un humain seul au monde, comme le sont ses sensations et ses passions. Ce sont des qualités relatives à l’humain en société, non à l’humain solitaire. C’est aussi une conséquence de ce même état qu’il n’y a ni propriété, ni pouvoir, ni distinction du tien et du mien, et que ce qui peut appartenir à chacun, c’est ce qu’il peut obtenir et conserver aussi longtemps qu’il le pourra. Tel est donc le misérable état du genre humain dans lequel il se trouve par nature ; il lui est pourtant possible d’en sortir, pour une part par les passions et, pour une autre part, par sa raison.

Les passions qui poussent les humains à la paix sont la peur de la mort, le désir des choses nécessaires à une existence confortable, et l’espoir de les obtenir par leur activité. La raison suggère les articles de paix adéquats, sur lesquels ils se mettent d’accord. Ces articles sont ceux qu’on appelle encore lois de nature."

Thomas Hobbes, Léviathan, XIII (1668)

 

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