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COMPTE RENDU DE LA DERNIÈRE SÉANCE

Thème du débat : "Le Café Philosophique passe le bac - Qu’attendons-nous pour être heureux ?"

Date : 27 mai 2011 à la Brasserie du centre commercial de la Chaussée.

café philosophique de montargis,philo,philosophie,montargisVingt personnes étaient présentes pour ce 14ème café philosophique, placé sous le signe du baccalauréat, comme l’an dernier à pareille époque (lien ici). Bruno souligne que cette période est chaque année l’occasion pour les médias de mettre un coup de projecteur sur la philosophie, épreuve qui début la série d’examens du célèbre diplôme. Claire ajoute que c’est au tour du café philosophique de s'intéresser au baccalauréat, avec l’espoir que ce sujet sur le bonheur, régulièrement proposé lors des épreuves officielles, tombe cette année encore.

Claire commence cette séance par interroger les participants sur la manière dont ils aborderaient un ce sujet : "Qu’attendons-nous pour être heureux ?"

Le sujet présuppose que le bonheur est par définition absent et semble interroger notre capacité à l’être de nous-mêmes. En effet, la formulation interpelle sur la question de l’existence d’une sorte d’ "empêchement naturel" d’être heureux.  Si on attend le bonheur est-ce une quête ? Un manque ? Comment le reconnaître ?

Alors, le bonheur dépend-t-il de nous ou non ?

café philosophique de montargis, philo, philosophie, montargisA première vue oui ! Cette notion se définit comme l’état de plénitude résultant de la satisfaction de tous mes désirs. Dès lors, j’attends d’avoir assouvi tous mes appétits pour l’être, heureux.

Toutefois, faire tout ce que je désire, est-ce réellement possible ?

L’étymologie de la notion se prononce en faveur d’une impossibilité de cette œuvre. Le bonheur, au départ, est "bon heur", c’est-à-dire bonne fortune.  Être heureux n’est donc qu’une question de chance !

Dès lors, ne faut-il pas cesser d’espérer ou d’attendre d’être heureux ? Quel sens, quelle orientation ou finalité donner alors à notre existence ?

Faut-il espérer d’être heureux un jour ?

a.    Arriver à satiété ?

Le  bonheur semble être un objet à conquérir, et ce, de manière universelle. "Tous les hommes recherchent d’être heureux" affirme ainsi Pascal (Pensées). Toutefois on est en mesure de se demander si par définition, le bonheur ayant trait au désir, ce dernier n’est pas, de fait, inaccessible ? C’est la thèse de Schopenhauer. Le bonheur étant accomplissement de désir et ce dernier se caractérisant par son insatiabilité, alors, je ne suis heureux que dans la douleur, i.e. je ne m’approche du bonheur que dans son manque symptomatique de l’objet. 

b.    Alors, désir = grandeur ou misère de l’homme ?

café philosophique de montargis, philo, philosophie, montargisSi la quête du bonheur est universelle, c’est la singularité de son fond auquel on se confronte. En effet, tout le monde cherche à être heureux mais personne ne semble avoir le même bonheur. Dès lors, on trouve des désirs matériels, et d’autres, plus "spirituels". Deux points sont donc à remarquer. Tout d’abord la distinction que l’on peut faire, au sein des désirs, entre la recherche de l’avoir et celle de l’être. D’ailleurs, la société de consommation dans laquelle nous vivons en est-elle une de désirs ou de besoins ? Épictète ("Ce qui dépend de nous, ce qui n’en dépend pas" Manuel) et Épicure (redéfinition de l’hédonisme : tous les plaisirs ne sont pas à rechercher ni tous les malheurs à éviter, Lettre à Ménécée).

Deuxième points à relever, le rapport intime qu’entretiennent mes désirs avec mon identité.  Dès lors, ne peut-on pas construire son bonheur s’il est recherche simple de l’être ?

Peut-on construire son bonheur ?

c.    Mort et sens de la vie

café philosophique de montargis, philo, philosophie, montargisLe bonheur semble être celui de la chance lorsqu’il est du domaine de l’avoir et qu’il dépend d’autres conditions que de nous-mêmes. Alors, il faut cesser de l’attendre tel un coup du sort et chercher, au contraire, à le construire (Sénèque : être lucide et donner un sens à son bonheur, De La Vie heureuse). Dans cette mesure on peut dire qu’être heureux c’est d’abord avoir cesser de se divertir (Pascal) dans la mesure où l’on brûlerait la vie par les deux bouts sans savoir à quoi, ou vers où, elle mène. Contrairement à cette orientation, on peut (on doit ?) faire du bonheur le sens de notre vie, et donc commencer à réfléchir à notre propre mort. Ainsi, l’angoisse existentielle n’est-elle pas le fondement de l’exigence de bonheur, c’est-à-dire celle d’un sens ?  Cesser d’attendre et devenir heureux c’est donc se faire et on retrouve ici la définition même de l’existence humaine : ek-sistere c’est se projeter.

Alors, les désirs doivent être distingués des besoins, et, en ce sens réévalués. En effet, l’objet du désir semble non nécessaire. Il est dans ce sens sublimation, élection de l’individu (à la différence du besoin qui, lui, est vital). Dans cette mesure,  désirer c’est donner son sens, se projeter, ajouter de la valeur à cette vie qui, par définition est  absurde (puisque condamner à devenir néant). Nous rejoignons alors Hegel : "Rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passions", La Raison dans l’histoire.

d.    Bonheur collectif ?

café philosophique de montargis, philo, philosophie, montargisPeut-on alors intégrer autrui dans ce bonheur ou sommes-nous condamnés à vivre un bonheur (et donc un sens de soi) totalement subjectif, individualiste, voire solipsiste ?

Nous concluons sur la possibilité de construire librement et ensemble la notion d’un bonheur politique (politéïa : groupe, cité). Printemps arabe et indignations collectives invitent à faire place à un bonheur responsable : "l’homme n’est que ce qu’il se fait", "la somme de ses actions" affirme ainsi Sartre (L’Existentialisme est un Humanisme).

Dès lors, le bonheur ne va pas sans la morale (au sens sartrien du terme ; création d’une définition de l’homme et de son comportement à travers mes actes ou agissements). Être heureux c’est s’exprimer, se traduire et assumer pleinement la définition de l’homme que je donne.

Rien à attendre pour être heureux ; le bonheur, nous le construisons chaque jour, en devenant ce que nous sommes.

Ce café philo s’achève sur l’énonciation du plan de dissertation de ce sujet sur le bonheur.  

Rendez-vous est donné le vendredi 24 juin, à la brasserie du centre commercial de la Chaussée à 18H30 pour un café philosophique portant sur les dérives sectaires. Cette séance verra la participation exceptionnelle de Catherine Armessen, médecin et écrivain (auteure de Manipulation, éd. Cheminements).

Cet article est déjà le 200e post du site Internet du Café philosophique de Montargis.

 

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