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Quelques news en philo mais pas que

  • Comment la philosophie nous aide à vivre?

    « La souffrance a-t-elle un sens ? » La nuit tombe sur le Val-d’Oise, tandis qu’une trentaine de personnes se pressent dans une salle communale de la petite ville de Bouffémont. La plupart ne se connaissent pas et, pendant plus de deux heures, vont débattre sur cette question qui, inévitablement, touche chaque vie humaine. « Il semble impossible de vivre sans souffrir, avance Catherine Delaunay. Souffrir, n’est-ce pas aussi supporter, tenir coûte que coûte pour vivre ? » Le dernier vendredi de chaque mois, cette ancienne prof de philosophie anime avec son comparse Pierre Haller, ingénieur à la retraite, un « café philo ».

    « Ce n’est ni le café du commerce ni le Collège de France, résument les deux passionnés. Nous essayons de mettre la philosophie à la portée de tous. Cette discipline permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons et d’apprendre à s’y situer, de s’autoriser à penser par soi-même. » La discussion s’anime, chacun s’efforçant de formuler au mieux son raisonnement.

    Une jeune retraitée, ancienne hôtesse de l’air, écoute les uns et les autres. « Je n’ai pas fait de philo à l’école et l’ai toujours regretté, confie-t-elle. Cela me permet de m’ouvrir l’esprit. » Un peu plus loin, Robert Daviot est attentif. Le thème de la soirée le touche particulièrement. « Je pense à mon épouse qui, malgré sa maladie, s’inquiète toujours du bien-être des autres, explique-t-il. Cet échange m’oblige à m’interroger sur mon propre comportement... »

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    Source : Le Pèlerin, 25 mai 2017, pp. 37-41

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  • Ferry : Prométhée

    Le philosophe Luc Ferry est aux manettes pour une passionnante collection sur la mythologie en bande dessinée. Voilà une excellente idée, qui vient confirmer l’engouement pour un genre inépuisable. Qui osera dire que les histoires de Zeus, Athéna ou les les Furies font partie des contes à dormir debout ? En réalité, elles ont beaucoup à nous dire.

    Prenez Prométhée, ce géant enchaîné au sommet du Caucase, condamné pour l’éternité à voir son foie dévoré par un aigle le jour, avant de repousser la nuit. Son crime ? Avoir offert aux hommes le feu et la technique, au risque de faire de cette race l’égale des dieux.

    Avec un solide sens de la narration, et un grand soin dans le dessin, Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera offrent une lecture moderne, rythmée et séduisante du cycle prométhéen. Assez naturellement, les auteurs n'ont n’a pas oublié d’y insérer le mythe de la boîte de Pandore, mettant du même coup en avant le frère de Prométhée, Épiméthée. "Anti-Prométhée" et personnage que les auteurs nous dépeignent en frère naïf, besogneux mais passionné, Épiméthée devient l’un des personnages phares du mythe : celui qui a en charge le peuplement de la terre et qui réussit tellement bien son coup qu'il met son frère au pied du mur en accaparant tous les attributs du règne animal. Il va être également à l’origine des calamités terrestres.

    L’exploit de cette BD est d’avoir rendu au mythe toute sa clarté et d’en faire un ouvrage à la fois accessible et séduisant. Une jolie promesse pour la suite de cette collection.

    Luc Ferry, Clotilde Bruneau et Giuseppe Baiguera, Prométhée et la Boîte de Pandore,
    éd. Glénat, 2016, 56 p.

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  • Coup de projecteur : Conférence "Femmes d’Ouzbékistan, hier et aujourd’hui"

    En juin 2015, la romancière Lyane Guillaume avait donné, à Montargis, une conférence sur l’Ukraine et présenté son roman Les Errantes – Chroniques ukrainiennes – devant un large public.

    Mercredi 24 mai, Lyane reviendra à Montargis pour une nouvelle conférence, sur l’Ouzbékistan (où elle a vécu quatre ans) à travers les femmes de ce pays. À cette occasion, elle dédicacera son nouveau roman, Mille et un Jours en Tartarie, paru en février dernier aux Éditions du Rocher.

    L’action se déroule à Tachkent, autour d’une table bien garnie pour célébrer la Journée internationale de la femme. Au fil des échanges animés entre six convives ouzbèkes et l’auteur, leur invitée, l’Histoire de ce pays lointain et mal connu se dessine, racontée un peu à la façon des Mille et une Nuits.

    Ce récit documentaire nous conduit tout au long d’une contrée appelée autrefois Tartarie, traversée par la mythique Route de la Soie. Il met en scène la réalité contrastée de l’Ouzbékistan moderne, à la fois terre d’Islam et ex-République soviétique, partagé entre traditions et modernité. Un pays laïque où les femmes doivent leur émancipation non seulement à la constitution soviétique mais aussi à quelques audacieuses devancières, comme la danseuse Tamara Khanoum, Nadera Begum, reine et poétesse, ou encore Bibi, l’épouse du redoutable Tamerlan…

    L’ouvrage est sélectionné pour le Prix Simone Veil qui sera décerné au prochain Salon des Femmes de Lettres.

    Librairie des Écoles – 24/05/2017 – 18 H
    18 rue de Loing – Montargis – Entrée libre

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  • Ce que Machiavel nous dit de la présidentielle 2017

    Le spécialiste de la Renaissance Patrick Boucheron revient avec un récit sur Machiavel. Son portrait de l’auteur du Prince passionne par ses résonances avec l’actualité.

    Patrick Boucheron, spécialiste de la Renaissance, directeur de L'Histoire mondiale de la France (Seuil), phénoménal succès en librairies, est aussi professeur au Collège de France. Il signe un récit inédit sur Machiavel, riche en leçons sur la présidentielle de 2017. "Lorsqu'aujourd'hui diffère d'hier, on peut prendre appui sur avant-hier pour comprendre ce qui va se passer demain", juge l'historien. Patrick Boucheron estime que Machiavel "peut toujours se lire au présent", car il "retrouve son actualité dans les moments d'orages politiques."

    Etes-vous un historien engagé?
    Il existe un pacte implicite entre l'auteur et le lecteur : l'auteur doit expliciter sa position en répondant à cette vieille question de 1968 : d'où tu parles? C'est une affaire de point de vue – donc une question machiavélienne. Il y a des sujets où je parle en spécialiste de l'Italie de la fin du Moyen Âge et d'autres où je fais appel plus généralement à mon métier d'historien comme, par exemple, avec L'Histoire mondiale de la France. Je suis donc un historien engagé dans le sens où je suis engagé dans un travail intellectuel. En ce cas, un historien engagé est bien le contraire d'un historien militant : il travaille à penser contre lui-même. En tant qu'historien qui travaille sur l'Italie de la Renaissance, Machiavel est au centre de ce que j'espère savoir ; mais si j'y trouve des ressources d'intelligibilité pour penser le présent, c'est aussi parce qu'il est un maître en inconfort.

    Machiavel excède donc son époque?
    Dès le XVIe siècle, on a voulu se débarrasser de Machiavel en inventant le machiavélisme. On cherchait alors à l'enfermer dans son temps, rendant impossible l'actualisation de sa pensée. Machiavel a voulu décrire son époque avec beaucoup de précision, de lucidité, et même de méchanceté puisqu'il le fait de manière désenchantée. Mais c'est bien parce qu'il a posé un diagnostic sur l'aujourd'hui que Machiavel peut toujours se lire au présent.

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  • Que dirait le philosophe Paul Ricœur de son ancien assistant éditorial Emmanuel Macron ?

    Macron doit se rappeler que, pour Ricœur, il y a une tension entre le souci de la réforme et l’exigence de la révolution.

    "Etrange paradoxe dans lequel les sociétés avancées se trouvent aujourd’hui enfermées : d’une part, c’est pour survivre que les nations modernes doivent entrer dans la compétition technologique ; mais, dans cette mesure même, elles se livrent à l’action dissolvante exercée par la technologie devenue souveraine sur le noyau éthico-politique de ces sociétés. L’homme des sociétés industrielles avancées, placé au carrefour de l’économique et du politique, souffre de la contradiction entre la logique de l’industrialisation et la vieille rationalité relevant de l’expérience politique des peuples." (Paul Ricœur, Ethique et politique, Esprit, 1985.)

    Si les relations entre Paul Ricœur et Michel Rocard, établies sur fond de protestantisme, mais aussi sur un sens de l’engagement intellectuel approfondi pour éclairer l’engagement politique, sont bien documentées, les relations entre Paul Ricœur et Emmanuel Macron restent moins connues, ce dernier revendiquant pourtant expressément cet héritage. Il ne craint pas de dire, par exemple: «C’est Ricœur qui m’a poussé à faire de la politique parce que lui-même ne l’avait pas fait». Il est bien difficile de déterminer si cette revendication est de l’ordre de l’instrumentalisation, de la stratégie de communication servant un facteur différenciant dans «l’offre politique» ou d’une référence fondatrice ayant trouvé dans Ricœur un «éducateur politique». La question est pourtant bien là: comment forme-t-on le politique?...

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  • Qu'est-ce qu'un bon Président ?

    En cette période électorale, il nous paraissait opportun de revenir sur un café philo, organisé il y a cinq ans, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2012. Le sujet ? "Qu'est-ce qu'un bon Président ?"

    La même question se posera également aujourd'hui pour des millions d'électeurs.

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  • La vie et les deux morts de Louis Althusser

    Le 16 novembre 1980, le nom du philosophe Louis Althusser rejoignait la colonne des faits divers. Le brillant intellectuel de la rue d’Ulm, maniaco-dépressif et, ce jour-là, dans un état de démence, étrangla sa compagne Hélène Rytmann. Reconnu irresponsable de ses actes, Louis Althusser passa les dix dernières années de sa vie en traitement, avec interdiction de s’exprimer publiquement. L'affaire judiciaire se conclua par une première mort symbolique du philosophe, avant son décès le 22 octobre 1990.

    Étonnamment, le documentaire de Bruno Oliveira, L’Aventure Althusser, visible en replay sur Arte pour encore quelques jours, s’attarde peu sur cet homicide – ou ce "suicide altruiste" comme il a été dit non sans un certain cynisme. Ce qui intéresse le réalisateur c'est le parcours philosophique et politique d’un des intellectuels français les plus brillants de la deuxième moitié du XXe siècle.

    La carrière de Louis Althusser est intimement liée à celle du communisme qu’il épousa, en adhérant au PCF, jusqu’à en devenir une figure importante. Ne rêvait-il pas d’en devenir son idéologue, comme le rappelle le film de Bruno Oliveira ?

    L’Aventure Althusser retrace le cheminent philosophique de celui qui va relire en profondeur l’œuvre de Marx, et en particulier Le Capital, grâce à un groupe de recherche de l’École Normale Supérieure. Les travaux d’Althusser et de ses élèves vont avoir une influence majeure sur l'histoire de la pensée. Ils contribuent à dépoussiérer le marxisme et le remettre au centre des débats idéologiques. Nous sommes dans les années 60. Après le décès de Staline, Khrouchtchev a procédé à une condamnation virulente de son prédécesseur. En Chine, Mao est le centre d’intérêt d’une partie de la jeunesse européenne, passionnée par une révolution communiste menée tambour battant et avec les escès que l'on connaît : "Pendant la dictature bourgeoise, la bourgeoisie a obligé les travailleurs a ramer dans un certain sens. Maintenant, nous obligerons tout le monde, pas seulement les travailleur, mais aussi leurs adversaires, à ramer dans un autre sens. C’est ça, la dictature du prolétariat" comme l'a affirmé Louis Althusser.

    L'auteur de Pour Marx se fait le chantre d’un nouveau communisme, après les règnes violents de ces "philosophes froids" qu’ont été Lénine ou Staline. Or, mai 68 voit le succès des concepts marxistes "marcher contre lui" ! Les témoignages des élèves d’Althusser comme de ses amis sont un rappel du rendez-vous manqué de cette année révolutionnaire. La voix de Louis Althusser est singulièrement absente. Il est vrai que l’homme est déjà malade, sujet de troubles maniaco-dépressifs à répétition qu’une frise chronologique éloquente vient rappeler dans le documentaire.

    Ce film sur Louis Althusser est certes insuffisant pour embrasser une carrière philosophique majeure. L’homicide d’Hélène Rytmann reste pudiquement en arrière-plan (pas un mot notamment sur son essai autobiographique posthume L'Avenir dure longtemps, 1992). De même, sa relation sentimentale avec sa traductrice italienne Francesca est seulement dévoilée. Sans doute, y aurait-il matière à faire un second film sur la vie personnelle d'Althusser pour comprendre les motivations d'un meurtre épouvantable. Cependant, le film de Bruno Oliveira reste une passionnante découverte ou redécouverte d’un philosophe majeur du XXe siècle, dont les idées semblent reprendre de la vigueur depuis une dizaine d'années.

    Bruno Oliveira, L’Aventure Althusser, 2016, 60 mn, sur Arte, en replay en ce moment

    "La vie et les deux morts de Louis Althusser", Bla Bla Blog

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  • Michel gaucher : un regard philosophe sur la politique

    Le renoncement de François Hollande, la multiplication des candidatures à gauche, la social-démocratie en crise, la montée des populismes ou les valeurs de la droite : autant de thèmes abordés avec Marcel Gauchet pour ce premier numéro de Questions Politiques de l'année 2017. Retour sur 2016 et ses fractures, avec un intellectuel, mais aussi historien et philosophe dont l’œuvre permet de réfléchir à la chose politique.

    Marcel Gauchet, le penseur qui divise

    Carine Bécard dresse le portrait de Marcel Gauchet : ex-professeur, à la fois historien, penseur, psychanalyste, l’auteur du Désenchantement du Monde est difficile à mettre dans une seule case...

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  • Trois jours et une nuit pour célèbrer la philosophie à l’UNESCO

    063f255745.jpgParis, 14 novembre- A l’occasion de la Journée mondiale de la philosophie, l’UNESCO organise une série d’événements du 16 au 19 novembre pour célébrer cette discipline en donnant à voir sa créativité et sa diversité. Point d’orgue de ces manifestations : une nuit entière consacrée à la philosophie au siège de l’Organisation le 18 novembre.

    Les 16 et 17 novembre, l’UNESCO accueillera la 15e édition des Rencontres internationales sur les nouvelles pratiques philosophiques, en partenariat avec l’association Philolab. Ce rendez-vous annuel est l’occasion d’ouvrir la philosophie à un large public, en dehors de ses espaces et modes d’expression traditionnels. Des ateliers sont notamment prévus avec des enfants et des adolescents ainsi que des tables-rondes sur des thèmes tels que les villes philosophes ou la formation à la philosophie.

    Une table-ronde intitulée « Parler haut et fort, ensemble pour la tolérance » aura lieu le 17 novembre de 14 à 17h00 (Salle II). Elle portera sur les problématiques philosphiques liées au concept de tolérance.
    Du 18 au 19 novembre de 19h00 à 7h00, l’UNESCO ouvrira ses portes à l’occasion d’une nuit de la philosophie (Programme). Concerts, spectacles de danse, représentantions théâtrales, débats, lectures et conférences mobiliseront 24 artistes et 45 philosophes venus du monde entier parmi lesquels entre autres Paul Boghossian, Barbara Cassin, Vincent Descombes, Maurizio Ferraris et Frédéric Nef.

    Le 18 novembre (9h00 à 12h30, salle IV) aura lieu le lancement de la nouvelle Chaire UNESCO sur la pratique de la philosophie avec les enfants créée à l’Université de Nantes.

    Une table-ronde intitulée « Enseigner Aristote », organisée le 18 novembre (14h30 à 17h30, salle IV), mettra l’accent sur les méthodes d’enseignement de la pensée du philosophe grec, considérée comme une référence pour l’enseignement de la philosophie au lycée et à l’université.

    Plus d’information sur la Journée mondiale de la philosophie

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  • Defois : et l'héritage chrétien ?

    Beaucoup s'étonnent qu'un État laïque se soit associé à l'Église pour célébrer la mémoire d'un baptême religieux, celui du roi Clovis, il y a quinze siècles. Quelle est votre interprétation ?

    Cet acte de mémoire pose une question que nous n'avions jamais osé aborder de front depuis au moins un siècle : celle du rôle du christianisme dans la constitution de l'identité française. Au XIXe siècle, cette question avait été portée par un courant royaliste, avide de restauration, et elle avait été généralement disqualifiée comme partisane et rétrograde. Mais le temps a passé. L'Église, en France, est séparée de l'État. Elle ne remet plus en question cette démocratie à laquelle le pape Léon XIII, en 1891, lui avait demandé de se rallier et que l'épiscopat d'alors avait eu tant de peine à accepter.

    Le climat des relations entre l'Église et l'État s'est heureusement apaisé. N'est-il donc pas temps de reconnaître à nouveaux frais la place du christianisme dans la constitution de l'identité française ? Pour l'éducation, qui pourrait nier que la France, c'est Jules Ferry, qui a permis la scolarisation des plus pauvres ? Mais n'est-ce pas aussi Jean-Baptiste de La Salle qui avait fondé, pour la même raison, au XVIIIe siècle, les Frères des écoles chrétiennes ? La France, c'est certainement Jean Jaurès, avec son exigence de justice et de paix. Mais ne peut-on pas reconnaître aussi la part prise par tant de chrétiens à cet engagement intellectuel et politique en faveur de la justice et de la paix ? Mgr Pierre Claverie et les moines de l'Atlas en sont la plus récente illustration.

    Le moment est-il opportun pour cette réévaluation que vous souhaitez de la part du christianisme dans l'Histoire de France ? On vous accuse de vouloir annexer l'identité nationale...

    Que le climat soit opportun, on peut en discuter, mais on ne choisit pas ses anniversaires. Au Bourget, en 1980, le pape avait déjà renvoyé la France à son « baptême », mais aussi à sa vocation de défense des droits et de la dignité de l'homme. Il avait même ajouté que « Liberté, Égalité, Fraternité » étaient des valeurs chrétiennes, tout en prenant soin de préciser que les auteurs de cette formule, devenue devise nationale, ne se référaient pas au christianisme. Par là, il voulait signifier que, bon gré mal gré, la culture française hérite du christianisme.
    Ceux qui refusent de prendre en compte cet héritage chrétien de la France ne peuvent pas nier sérieusement qu'il fasse partie de notre patrimoine national. Un homme comme Voltaire, dans ses réactions aux guerres de religion, était en connivence avec une anthropologie inspirée du christianisme. Le très anticlérical Paul Bert, originaire d'Auxerre, où j'ai été archevêque, critiquait l'Église, mais il le faisait au nom de valeurs qui étaient en consonance avec l'Évangile, quand, par exemple, il défendait la liberté de conscience.

    Il est vrai qu'à l'occasion de cet anniversaire du baptême de Clovis certaines publications témoignent d'un souhait de reconquête chrétienne ou d'annexion comme vous dites de l'identité nationale. Mais je peux vous assurer que l'Église en France n'a pas d'autre exigence que de contribuer à une réflexion, certainement pas de la confisquer.
    Vouloir annexer l'identité française, ce serait d'une part illusoire, d'autre part incompatible avec l'esprit évangélique et l'enseignement du dernier concile. A de multiples reprises, notamment au Parlement européen de Strasbourg, en 1988, le pape a montré que la culture chrétienne était une parmi d'autres, la culture grecque, la culture romaine, la culture celte, la culture juive, dans la constitution de l'âme de l'Europe. On peut en dire autant de la France. Ce n'est pas l'Église qui a fait la France, mais on ne peut nier que la France soit aussi le produit de choix politiques d'hommes qui étaient des croyants et parfois des saints.

    Comment faire cohabiter, dans un pays comme la France, des valeurs laïques avec des références chrétiennes ?

    Autour de l'humanisme, c'est-à-dire d'un projet pour l'homme. L'Église est dans son rôle quand elle montre qu'au-delà des tactiques politiques et des réponses immédiates des valeurs fondamentales sont en cause. Elle est dans son rôle quand elle affirme que la loi morale est plus profonde en intention que la loi civile, qui doit être ajustée continuellement. La tension est inévitable entre, d'un côté, la gestion des intérêts de la nation, qui est de la responsabilité du gouvernement sous le contrôle des assemblées, et, de l'autre, cette exigence fondamentale que doit représenter l'Église. Mais cette tension entre la loi de l'État et la loi morale est bénéfique. Elle est même constitutive du progrès de la législation et de l'éthique.

    A quelles conditions ? En laissant le débat ouvert et permanent. L'Église estime que la morale ne peut être le seul fruit des sondages, mais Jean Paul II ajoute aussitôt qu'il ne s'agit pas d'appliquer la loi morale d'une manière verticale pour traiter de situations qui sont toujours complexes et ambiguës. Et c'est un débat qui doit être ouvert aux autres traditions philosophiques et religieuses, réformée, orthodoxe, à l'incroyance moderne, sans oublier l'islam. Je veux dire par là que tenir compte du fait religieux fait partie de la santé morale du pays."

    Mgr Debois, interview au Monde, 17 septembre 1996

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  • Harari : Sapiens

    Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Tel est en résumé le sujet de Sapiens, best-seller de Yuval Noah Harari.

    Cet essai spectaculaire de plus de 500 pages avait tout pour rebuter n’importe quel lecteur ; contre toute attente, il est devenu un phénomène éditorial traduit en une trentaine de langues et vendu à des millions d’exemplaires dans le monde.

    Professeur d’histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem, Harari retrace avec pertinence, érudition, concision et limpidité l’histoire de Sapiens, notre espèce, en vérité le règne le plus étrange du monde animal.

    De l’aube de l’humanité à l’ère actuelle des biotechnologies, en passant par les pyramides d’Égypte, la conquête des Amériques et les premiers pas sur la lune, Harari explique comment ce qui n’était qu’une espèce parmi d’autres est parvenue à s’imposer sur les autres Homo (Homo neanderthalis, Homo erectus, Homo soloensis ou Homo floresiensis) au point de conquérir la surface de la terre, puis soumettre voire annihiler les autres êtres vivants. Étrange paradoxe, nous dit l’auteur, pour un "animal" a priori faible et marginal : "Tout récemment encore, le genre Homo se situait au milieu de la chaîne alimentaire… Voici 400 000 ans seulement que plusieurs espèces d’homme ont commencé à chasser régulièrement le gros gibier ; et 100 000 ans seulement, avec l’essor de l’Homo sapiens, que l’homme s’est hissé au sommet de la chaîne alimentaire."

    14695084-homo-sapiens-a-pu-dominer-la-planete-grace-au-commerage.jpgComment cette domination a-t-elle eu lieu ? À l’instar de son tableau général de l’ère préhistorique, il choisit de prendre de la hauteur pour brosser le règne de Sapiens. Ce qui l’intéresse n’est pas l’histoire des conflits, des souverains ou des faits historiques mais les grands mouvements qui ont modelé l’espèce humaine.

    Yuval Noah Harari s’arrête sur les révolutions qui ont jalonné et façonné le règne de Sapiens. La révolution cognitive, tout d’abord, il y a 70 000 à 30 000 ans. Elle a permis de nouveaux moyens de penser et de communiquer : "Homo sapiens a pu dominer la planète grâce au commérage." L’auteur s’arrête longuement sur la plus troublante et fantastique invention de notre espèce : la "construction de réalités imaginaires", ces réalités intersubjectives qui n’existent que parce que tout le monde y croit (religions, nationalismes, États, droits de l’homme, et cetera).

    Harari consacre un long développement à une autre révolution controversée : la révolution agricole, il y a environ 10 000 ans. Bienfait ou désastre ? Harari est sévère, allant jusqu’à comparer la période dangereuse mais insouciante des chasseurs-cueilleurs (les anciens "fourrageurs") avec le "piège" de l’esclavagisme agricole et son corollaire, la domination cruelle du règne animal. "La plus grande escroquerie de l’histoire" juge l’auteur, mais aussi un événement socio-économique ayant posé les bases de la domination humaine sur la nature : sédentarisation, création des premiers villages puis des premières civilisations et empires, réseaux d’échanges, commerce, création des monnaies puis de l’argent, naissance de l’économie puis de l’écriture.

    Harari consacre ensuite une part importante de son essai à la troisième grande révolution de Sapiens : la révolution scientifique, depuis la conquête des Amériques il y a 500 ans jusqu’aux dernières évolutions génétiques, robotiques et informatiques.

    Les grands empires, les religions puis l’argent ont été les principaux socles de l’unification du genre humain, pour le meilleur et pour le pire, dit en substance Yuval Noah Harari. Cette unification lui semble d’ailleurs inéluctable pour les prochains siècles.

    Histoire, philosophie, sciences dures ou psychologie sont mis à profit pour dresser une histoire déroutante et inédite de notre espèce humaine. Grâce à ses talents de vulgarisateur et à son écriture claire, et non sans humour ni parti-pris, Yuval Noah Harari parvient à donner à ce qui avait tout pour être un essai indigeste et confus, une œuvre ambitieuse et exceptionnelle. Non content de se faire historien de Sapiens, l’auteur ouvre également des portes multiples grâce à des questions capitales : le libre-arbitre a-t-il un sens ? Comment expliquer scientifiquement la domination masculine sur les femmes ? Qu’est-ce qu’une religion ? Qu’est-ce que le bonheur ? Comment allier consumérisme et éthique capitaliste ?

    L’essai, passionnant comme un roman, se termine par un questionnement plus que par une prospective sur le devenir de Sapiens, à l’aulne des nouvelles technologies biogénétiques, robotiques ou informatiques. Quels dangers menacent Sapiens en raison de sa soif de domination sur la nature et sur les autres espèces animales ? Se pourrait-il que Sapiens puisse disparaître comme son "frère" Neandertal ? Notre espèce est-elle encore maître de son avenir ? "La seule chose que nous puissions faire, c’est influencer la direction que nous prenons. Mais puisque nous pourrions bien être capables de manipuler nos désirs, la vraie question est non pas : ‘Que voulons-nous devenir ?’ mais : ‘Que voulons-nous vouloir ?’"

    Yuval Noah Harari, Sapiens, Une brève Histoire de l’Humanité (2015)

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  • Nos ancêtres les Gaulois ?

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  • Sans commentaire

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  • Ulrich : Heidegger et le Golem du nazisme

    images.pngAvant de parler de l’essai de Maurice Ulrich, Heidegger et le Golem du Nazisme (éd. Arcane 17), il est sans doute bon de revenir sur la carrière de Martin Heidegger (1889-1976), fréquemment considéré comme le philosophe le plus important du XXe siècle. Ce penseur a été autant admiré pour ses travaux que décrié en raison de son adhésion au parti nazi durant les années 30 et de son zèle patriotique dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir : élu recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau en 1933, il prononce un discours d’allégeance au parti nazi (Le Discours du Rectorat) qui pèse encore lourd sur sa réputation. Pour preuve, en 1945 l’illustre professeur allemand est interdit d’enseignement pendant six années au terme d’un procès de dénazification, et ce en dépit de la défense à son ancienne maîtresse, la philosophe –  juive – Hanna Arendt. La publication des Cahiers noirs du philosophe a terni un peu plus sa réputation scandaleusement antisémite.

    Martin Heidegger continue pourtant d’avoir ses ardents défenseurs, soucieux de préserver ses apports dans l’histoire de la pensée. En quoi consistent-ils justement ? Voici quelques éclaircissements qui permettront de situer l’ouvrage de Maurice Ulrich.

    L'essai de Martin Heidegger, Être et Temps (1926), s’interroge sur la question de l’être : "La question de l’être est aujourd’hui tombée dans l’oubli" écrit-il. Ce sujet, qui intéressait les présocratiques (Parménide et Héraclite, notamment), fait son grand retour dans la philosophie occidentale grâce à Martin Heidegger. Il définit l'Étant comme cet homme empirique doué de paroles et de pensées. Mais Heidegger va utiliser un autre vocable, le Dasein (Être-là), qui est au cœur de l’essai de Maurice Ulrich. Grâce à l‘herméneutique mais aussi la phénoménologie, le Dasein est capable de s’interroger sur son propre être. Sans Dasein, le monde serait en quelque sorte vide, peuplé d’Étants, mais sans Être.

    Maurice Ulrich place le Dasein (écrit dans son ouvrage : "D a s e i n") au cœur de son livre Heidegger et le Golem du Nazisme, un essai à la fois pointu, pertinent et féroce sur les concepts philosophiques d’un penseur complexe et controversé.

    heidegger.jpgDans son avant-propos, l’auteur, "un journaliste qui n’est pas un professionnel de la philosophie", explique sa démarche : plutôt que de "démontrer quoi que ce soit des liens de Heidegger avec le nazisme", Maurice Ulrich, éditorialiste à L’Humanité, entend expliquer, commenter et démonter les ressorts et les concepts philosophiques souvent obscurs de l’ancien élève de Husserl. En un mot : "démolir Heidegger".

    Le tour de force de Maurice Ulrich est de prendre à bras le corps dès la première partie ("Heidegger et le Golem") l’œuvre de Martin Heidegger, "Une forteresse vide, fermée sur un désert sans amour, sans sujets et sans liberté." Le concept du Dasein est au centre de son analyse, un concept promis à un avenir brillant, mais qui ne serait en réalité qu’un prête-nom (un Deckname). Le style complexe (pour ne pas dire ampoulé) du philosophe allemand semblerait avoir conduit à un malentendu au sujet de ce Dasein : "Il est vrai que le Dasein, entendu comme Être-là, semblait de nature à fournir une base à une philosophie de l’Existence". Mais aurions-nous été enfumés par Heidegger lui-même ? C’est ce que Maurice Ulrich défend avec conviction : "La fumée de l’être sortie de la bouteille va prendre la forme du peuple allemand et de son destin « historial »".

    Le heideggérisme n’est pas un humanisme, dit en substance l’auteur. Le "Dasein, vide d’humanité Heidegger va le chercher dans sa glaise pour en faire une créature à sa façon et adaptée à ce qu’il appellera de manière récurrente, la nouvelle volonté allemande. C’est un Golem." Paradoxalement, et non sans ironie, cet être imaginaire et monstrueux, sans conscient, est une créature tirée de la tradition juive. Maurice Ulrich ajoute que, dans un cours de 1933-1934 (Être et vérité), Martin Heidegger parle de "l’extermination totale de l’ennemi intérieur." Mais quel est cet ennemi ? Maurice Ulrich est explicite tout au long de son essai et les heideggeriens ne manqueront pas de s'étouffer.

    La deuxième partie de l’essai compile des extraits d’ouvrages du philosophe : Être et Temps (1926), Introduction à la Métaphysique (1935), Apports à la philosophie – De l’Avenance (1935-1936) et Qu’appelle-t-on penser ? (1951-1952). Maurice Ulrich commente Heidegger dans le texte, avec toujours en point de mire ce Dasein, une "aventure partagée" (du peuple allemand), que l’ancien recteur de Fribourg enrobe dans une syntaxe souvent difficile à maîtriser pour un non-spécialiste : "La question en suspens, celle qui porte sur un propre être-entier du Dasein et sur sa condition existentiale, ne sera amené sur un sol phénoménal éprouvé que quand elle pourra se tenir à une possible propriété de son être attestée par le Dasein lui-même." Les exemples de ce genre sont nombreux. Le lecteur peut remercier Maurice Ulrich de le prendre par la main pour voir plus clair dans les travaux du philosophe allemand.

    L’essai aborde frontalement la question de la Shoah et des "usines de la mort". La réputation de Martin Heidegger n’en sort pas indemne. Le plus grand philosophe du XXe siècle se montre d’un cynisme glacial, pour ne pas dire "insensé", lorsqu’il affirme ceci en 1949, lors de la Conférence Le Dis-positif : "L’agriculture est aujourd’hui une industrie d’alimentation motorisée, sans son essence la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’extermination… la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène." Maurice Ulrich écrit plus loin : "La motorisation de la Wermacht" pourrait bien s’apparenter à un acte "métaphysique."

    Dans ses dernières pages, particulièrement engagées (le chapitre "Maintenant"), Maurice Ulrich enfonce le clou : "La pensée de Heidegger est bien, quoi que l’on veuille, une philosophie, perverse, mais une philosophie (...) recyclable et peut-être revendiquée par de multiples courants idéologiques qui sont loin de se limiter aux nostalgiques du nazisme en Europe, mais remettent en circulation les thèmes de l’identité, de la souche, des racines qui ne sont jamais que d’autres appellations du Dasein et de la division des « étants »."

    Cet essai musclé laisse la parole de fin à Thomas Bernhard : "Heidegger était en quelque sorte un escroc philosophique… Aujourd’hui, Heidegger n’a pas encore été entièrement percé à jour, si la vache Heidegger a bien maigri, on continue toujours à tirer le lait heideggerien." Le portrait cinglant du dramaturge autrichien sonne comme un véritable enterrement de première classe.

    Maurice Ulrich, Heidegger et le Golem du Nazisme, éd. Arcane 17, 2016, 153 p.

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